Extrait sec de plante (extraction, concentration, séchage sur support)
Un extrait sec est une poudre obtenue en dissolvant une partie des constituants d'une plante dans un solvant, puis en retirant ce solvant. Le procédé enchaîne extraction, concentration sous vide et séchage, souvent sur un support. Il donne une forme concentrée, stable et facile à doser.
Cette fiche rassemble le principe de l'extraction, les étapes jusqu'à la poudre, le sens du rapport d'extraction, les contrôles, les formes voisines, la réglementation et l'histoire.
Les produits Jolivia issus de ce procédé
Fiche d'identité
| Critère | Extrait sec de plante |
|---|
| Famille de procédé | Extraction solide-liquide, puis concentration et séchage |
| Principe | Dissoudre une partie des constituants de la plante dans un solvant, éliminer ce solvant et récupérer la matière extraite sous forme de poudre |
| Matières premières | Racines, rhizomes, graines, écorces, feuilles, fruits ou résines séchés (curcuma, griffonia, bacopa, boswellia, sabal, pygeum, pamplemousse, acérola…) |
| Étape de la chaîne | Après le séchage et le broyage de la plante, avant la mise en gélules ou en comprimés |
| Paramètres clés | Solvant (eau, éthanol, mélange), température, durée, rapport plante sur solvant, température d'évaporation, support de séchage, humidité finale |
| Ce qui est obtenu | Une poudre fine, souvent hygroscopique, dont le rapport plante sur extrait (DER) est indiqué, par exemple 4:1 ou 10:1 |
| Co-produits | Marc de plante épuisé, solvant récupéré et recyclé |
| Textes de référence | Pharmacopée européenne (monographie « Extraits de drogues végétales »), directive 2009/32/CE (solvants d'extraction), règlement (CE) 1333/2008 (additifs), règlement (UE) 2023/915 (contaminants), directive 2002/46/CE, décret 2006-352, arrêté du 24 juin 2014 |
Le principe
Une plante séchée contient une petite part de constituants solubles au milieu d'une grande masse de fibres, de cellulose et d'amidon. L'extraction consiste à dissoudre ces constituants dans un solvant, à jeter le reste, puis à retirer le solvant. Ce qui reste est un concentré de la plante, bien plus léger que la plante elle-même.
Le choix du solvant détermine ce qu'on extrait. L'eau chaude emporte les sucres, les mucilages, les tanins, de nombreux composés phénoliques. L'éthanol, pur ou mélangé à l'eau, emporte en plus les composés moins solubles dans l'eau : résines, pigments, certains terpènes. Un solvant peu polaire, comme le CO2 supercritique ou certains solvants organiques, emporte surtout les corps gras et les composés lipophiles.
On exprime la concentration par le DER, de l'anglais drug extract ratio. Un DER de 10:1 signifie qu'il a fallu 10 kg de plante sèche pour obtenir 1 kg d'extrait natif, sans compter le support ajouté. Plus le chiffre est élevé, plus l'extrait est concentré en masse, mais cela ne dit rien du contenu précis en tel ou tel constituant.
Le séchage final est délicat. Un extrait concentré est collant et sensible à la chaleur. On le sèche donc le plus souvent en le pulvérisant dans de l'air chaud, ou sous vide à basse température, en ajoutant parfois un support comme la maltodextrine pour obtenir une poudre fluide.
Les étapes, du végétal au produit
1. Réception et préparation de la plante
La plante sèche est contrôlée à réception : identité, humidité, contaminants. Elle est ensuite broyée ou concassée à une granulométrie adaptée. Trop grossière, elle s'extrait mal. Trop fine, elle colmate les filtres. Pour une écorce ou une racine dure, on vise des fragments de quelques millimètres. Voir le broyage.
La plante est mise en contact avec le solvant dans un extracteur. Plusieurs techniques existent : macération en cuve agitée, percolation où le solvant traverse lentement un lit de plante, extraction à contre-courant en continu. La température va de l'ambiante à l'ébullition selon le solvant et la plante. Pour l'eau, on travaille souvent entre 60 et 100 °C, pendant une à plusieurs heures. Une plante peut être extraite deux ou trois fois de suite pour l'épuiser.
3. Séparation et clarification
Le liquide chargé, appelé extrait liquide ou miscella, est séparé du marc par filtration, pressage ou centrifugation. On le clarifie ensuite pour retirer les particules fines. Le marc épuisé est pressé pour récupérer le solvant.
4. Concentration sous vide
Le liquide est concentré dans un évaporateur sous vide. Le vide abaisse la température d'ébullition : l'eau ou l'éthanol s'évaporent autour de 40 à 70 °C au lieu de 78 à 100 °C. Les composés fragiles sont ainsi préservés. L'éthanol évaporé est condensé et recyclé. On obtient un extrait mou, épais comme un sirop ou une pâte.
5. Ajout éventuel d'un support
Pour faciliter le séchage et obtenir une poudre qui coule bien, on ajoute souvent un support : maltodextrine, gomme d'acacia, amidon, parfois fibre de la plante elle-même. L'antiagglomérant dioxyde de silicium (E 551) est parfois ajouté en petite quantité. Le support dilue l'extrait natif : un extrait vendu 10:1 avec 20 % de maltodextrine contient 80 % d'extrait natif.
6. Séchage
Le concentré est séché par atomisation : il est pulvérisé en fines gouttelettes dans une tour où circule de l'air chaud. L'eau s'évapore en quelques secondes et la poudre tombe au fond. D'autres extraits sont séchés sous vide en étuve ou sur tambour, ou par lyophilisation. Le séchage sous vide donne une masse dure qu'il faut ensuite broyer.
7. Tamisage, homogénéisation et conditionnement
La poudre est tamisée, mélangée pour homogénéiser le lot, puis conditionnée en sacs étanches, souvent doublés d'aluminium, car elle reprend facilement l'humidité de l'air. Elle servira ensuite à remplir des gélules ou à fabriquer des comprimés.
Paramètres et contrôles qualité
| Contrôle | Ce qu'il vérifie | Ce qui peut rater |
|---|
| Identité de la plante | Bonne espèce, bonne partie | Substitution par une espèce voisine |
| Empreinte chromatographique | Profil caractéristique de l'extrait | Falsification, ajout de molécules isolées |
| Perte à la dessiccation | Humidité finale, souvent quelques pour cent | Poudre qui colle et s'altère |
| Résidus de solvant | Élimination du solvant d'extraction | Évaporation insuffisante |
| Pesticides, métaux lourds, HAP | Respect des teneurs maximales | Plante contaminée, les contaminants se concentrent avec l'extrait |
| Microbiologie | Germes totaux, levures et moisissures, pathogènes | Hygiène insuffisante, reprise d'humidité |
| Granulométrie, densité, écoulement | Aptitude à la mise en gélules | Poudre trop fine ou collante |
Un point mérite l'attention : l'extraction ne concentre pas que les constituants recherchés. Un contaminant présent dans la plante peut se retrouver plus concentré dans l'extrait. Le règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales pour certains contaminants, et les compléments alimentaires font l'objet de limites spécifiques pour des métaux comme le plomb, le cadmium et le mercure.
Les solvants d'extraction autorisés pour les denrées et leurs teneurs résiduelles sont encadrés par la directive 2009/32/CE. L'eau y est admise, et l'éthanol figure parmi les solvants utilisables dans le respect des bonnes pratiques de fabrication. Les ateliers appliquent une démarche HACCP et tracent chaque lot de la plante à la poudre.
Ce que le procédé change pour le produit
L'extrait sec concentre la plante dans un petit volume. Une gélule d'extrait peut contenir l'équivalent de plusieurs grammes de plante sèche. C'est ce qui rend le format pratique pour les plantes dont le goût est désagréable ou dont la quantité à consommer serait trop grande sous forme de poudre.
Le goût est souvent plus marqué que celui de la plante : amer pour le bacopa, résineux pour le boswellia, acidulé pour l'acérola. La couleur dépend des pigments extraits : jaune orangé pour le curcuma, brun pour beaucoup d'écorces. Les extraits de fruits comme l'acérola sont souvent obtenus à partir du jus, concentré puis séché sur support.
L'extrait sec est hygroscopique : il attire l'humidité. C'est pourquoi les emballages doivent être bien refermés et gardés au sec. Sa conservation est en revanche longue quand il reste sec, car l'eau disponible est trop faible pour les micro-organismes.
Un extrait n'est pas la plante entière. Il contient ce que le solvant a emporté, et rien d'autre. Deux extraits de la même plante, faits avec des solvants différents, peuvent avoir des compositions très différentes.
Variantes et procédés voisins
| Forme | Solvant | Concentration | Particularité |
|---|
| Poudre de plante | Aucun | 1:1 | Plante entière broyée, voir le broyage |
| Extrait sec aqueux | Eau | Souvent 4:1 à 10:1 | Constituants hydrosolubles |
| Extrait sec hydroalcoolique | Eau et éthanol | Souvent 4:1 à 20:1 | Spectre plus large |
| Extrait titré | Variable, avec purification | Exprimé en % d'un constituant | Voir l'extrait titré |
| Extrait lipophile | CO2 supercritique ou solvant peu polaire | Huileux | Voir l'extraction au CO2 |
| Teinture, extrait fluide | Eau et alcool | Liquide | Voir la teinture mère |
| Jus de fruit séché | Aucun (pressage) | Selon le fruit | Voir le pressage des jus |
Certains produits d'origine non végétale, comme la propolis, sont aussi proposés sous forme d'extrait. Leur procédé suit la même logique d'extraction et de séchage mais ne relève pas de cette fiche consacrée aux plantes.
Étiquette et réglementation
Un extrait sec vendu en complément alimentaire relève de la directive 2002/46/CE et du décret 2006-352. La plante d'origine doit figurer dans l'arrêté du 24 juin 2014, qui liste les plantes autorisées et, pour certaines, des conditions d'emploi. L'étiquette indique la dénomination « complément alimentaire », la liste des ingrédients avec le support et les additifs, la quantité d'extrait par portion journalière, la portion recommandée et les avertissements obligatoires.
Le rapport d'extraction (par exemple « extrait 10:1 ») est souvent mentionné, parfois avec l'équivalent en plante sèche. Les additifs, comme la silice, sont nommés par leur fonction et leur nom ou leur code E, selon le règlement (CE) 1333/2008 et le règlement (UE) 1169/2011.
Pour les produits biologiques, le règlement (UE) 2018/848 exige des plantes biologiques et encadre les solvants et supports utilisables. La maltodextrine d'un extrait bio doit elle-même être biologique.
Un peu d'histoire
Les apothicaires préparaient déjà des « extraits » en évaporant des décoctions ou des teintures jusqu'à obtenir une pâte. Au XIXe siècle, l'industrie pharmaceutique développe les extraits fluides et secs normalisés, décrits dans les pharmacopées.
Au XXe siècle, l'évaporation sous vide puis la tour d'atomisation, venue de l'industrie laitière et du café soluble, permettent de produire des poudres fines à grande échelle en limitant l'exposition à la chaleur. La Pharmacopée européenne a ensuite classé les extraits en catégories selon leur degré de caractérisation.
Idées reçues
« Un extrait 20:1 est deux fois plus riche qu'un extrait 10:1. » Le rapport indique une concentration en masse, pas la teneur en un constituant donné. Le solvant et le procédé comptent autant.
« Un extrait sec contient toute la plante. » Il contient seulement ce que le solvant a dissous. Les fibres et une partie des constituants restent dans le marc.
« La maltodextrine est une tricherie. » Elle sert de support de séchage et rend la poudre utilisable. Sa présence doit simplement figurer dans la liste des ingrédients.
Questions fréquentes
Que signifie « extrait 10:1 » ?
Il a fallu environ 10 kg de plante sèche pour obtenir 1 kg d'extrait natif. Le support éventuel n'est pas compté dans ce rapport.
Pourquoi ajouter un support de séchage ?
L'extrait concentré est collant et difficile à sécher seul. Le support permet d'obtenir une poudre fine, fluide et stable.
Quels solvants utilise-t-on ?
Le plus souvent l'eau, l'éthanol ou un mélange des deux. D'autres solvants autorisés existent, avec des teneurs résiduelles maximales fixées par la réglementation.
Pourquoi l'extrait doit-il rester au sec ?
Il attire l'humidité de l'air, ce qui le fait coller et peut altérer sa qualité. Refermez bien l'emballage.
Un extrait sec est-il chauffé ?
Oui, lors de l'extraction et du séchage, mais l'évaporation sous vide et l'atomisation limitent la durée et l'intensité de l'exposition à la chaleur.
Quelle différence avec un extrait titré ?
L'extrait titré garantit une teneur minimale en un constituant de référence, mesurée par une méthode d'analyse. L'extrait sec simple indique surtout son rapport d'extraction.
L'extrait d'acérola est-il un extrait de plante comme les autres ?
Il est le plus souvent obtenu à partir du jus du fruit, concentré puis séché, souvent sur un support. Le principe reste celui d'une concentration puis d'un séchage.
Pour aller plus loin
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Sources
- Pharmacopée européenne, monographie générale « Extraits de drogues végétales » (0765) et chapitre sur les solvants résiduels (5.4).
- Directive 2009/32/CE du 23 avril 2009 relative aux solvants d'extraction utilisés dans la fabrication des denrées alimentaires.
- Règlement (UE) 2023/915 du 25 avril 2023 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires.
- Règlement (CE) 1333/2008 sur les additifs alimentaires et règlement (UE) 231/2012 (spécifications).
- Directive 2002/46/CE, décret n° 2006-352 et arrêté du 24 juin 2014 relatifs aux compléments alimentaires et aux plantes autorisées.
- Agence européenne des médicaments (EMA), lignes directrices sur la qualité des substances et préparations végétales.
Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.