Fermentation des fèves de cacao

La fermentation des fèves de cacao se fait juste après la récolte, dans la pulpe du fruit. Levures et bactéries y produisent chaleur et acides, qui transforment l'intérieur de la fève. C'est cette étape qui prépare le goût du chocolat.

Cette fiche explique la biologie de la fermentation, les étapes jusqu'au séchage, les contrôles de qualité, ce qui change pour le produit, l'étiquetage et l'histoire du procédé.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreFermentation des fèves de cacao
Famille de procédéFermentation spontanée, suivie d'un séchage
PrincipeDes levures puis des bactéries lactiques et acétiques transforment la pulpe sucrée. La chaleur et les acides produits tuent le germe et déclenchent dans la fève les réactions qui forment les précurseurs d'arômes.
Matières premièresFèves fraîches entourées de leur pulpe, extraites des cabosses du cacaoyer (Theobroma cacao)
Étape de la chaîneSur le lieu de production, juste après l'écabossage, avant le séchage, la torréfaction et le broyage
Paramètres clésDurée (de 2 à 3 jours pour les criollos à 5 à 7 jours pour d'autres types), brassage, température de la masse (jusqu'à 45 à 50 °C), humidité finale après séchage (environ 7 %)
Ce qui est obtenuDes fèves marchandes, brunes, sèches, qui se conservent et se transportent
Co-produitsJus de pulpe écoulé, cabosses vides (compost, alimentation animale)
Textes de référenceISO 2451 (fèves de cacao), ISO 1114 (épreuve à la coupe), règlement (UE) 2023/915, directive 2000/36/CE

Le principe

Le fruit du cacaoyer, la cabosse, contient de 30 à 50 graines entourées d'une pulpe blanche, sucrée et acidulée. Fraîche, la fève est amère, astringente et n'a pas le goût du chocolat. C'est la fermentation qui prépare ce goût. La torréfaction le révélera ensuite.

La fermentation se déroule en trois temps, qui se chevauchent. D'abord, dans la masse tassée et pauvre en oxygène, des levures consomment les sucres de la pulpe et produisent de l'alcool. La pulpe se liquéfie et s'écoule. Ensuite, des bactéries lactiques prennent le relais. Enfin, quand on brasse la masse, l'air entre et des bactéries acétiques transforment l'alcool en acide acétique, le même acide que dans le vinaigre. Cette dernière réaction dégage beaucoup de chaleur.

L'alcool, l'acide acétique et la chaleur pénètrent alors dans la fève. Le germe meurt et la fève ne peut plus germer. Les membranes des cellules se rompent, et des enzymes naturellement présentes se mettent au travail. Elles découpent les protéines en petits fragments et les sucres en sucres simples. Ces molécules sont les précurseurs d'arômes : pendant la torréfaction, elles réagiront entre elles, selon la réaction de Maillard, pour donner les notes typiques du cacao.

Dans le même temps, une partie des polyphénols s'oxyde. La couleur de l'intérieur de la fève passe du violet ou du blanc crème au brun, et l'astringence diminue. Une fève mal fermentée reste grise, compacte et très astringente.

Les étapes, du végétal au produit

1. Récolte et écabossage

Les cabosses mûres sont coupées à la machette ou au sécateur à long manche. On les laisse parfois reposer quelques jours, puis on les ouvre pour en extraire les fèves et leur pulpe. Les fèves abîmées, germées ou noires sont écartées. Il faut éviter d'entailler les fèves, car une fève blessée moisit facilement.

2. Mise en fermentation

Les fèves sont rassemblées le jour même. Selon les régions, on les met en tas couverts de feuilles de bananier, dans des paniers, ou dans des caisses en bois percées de trous pour laisser couler le jus. Une masse suffisante, souvent plusieurs dizaines ou centaines de kilos, est nécessaire pour que la chaleur monte. Les micro-organismes viennent de l'environnement : mains, outils, caisses, feuilles, insectes.

3. Brassages et montée en température

Tous les un ou deux jours, la masse est retournée à la pelle, ou transvasée d'une caisse à l'autre dans les systèmes en cascade. Le brassage apporte de l'air, homogénéise la fermentation et évite que le dessus ou les bords ne moisissent. La température grimpe progressivement jusqu'à 45 à 50 °C. L'odeur passe du fruité à l'alcoolique, puis au vinaigré.

4. Fin de la fermentation

La durée dépend du type de cacao. Les fèves de type criollo, à l'intérieur clair et peu astringent, se fermentent en deux à trois jours. Les types forastero, plus riches en polyphénols, demandent souvent cinq à sept jours. Le producteur juge la fin à l'odeur, à la couleur et en coupant quelques fèves. Trop courte, la fermentation laisse des fèves ardoisées. Trop longue, elle donne des notes de pourri et de jambon.

5. Séchage

Les fèves contiennent encore environ 55 % d'eau. On les étale au soleil sur des nattes, des claies ou des aires cimentées, en couche fine, en les remuant souvent. Le séchage dure en général de 5 à 15 jours. Il doit être lent au début, pour que l'acide acétique s'évapore et que les réactions de brunissement se poursuivent. Dans les régions humides, on utilise des séchoirs à air chaud. Le but est d'atteindre environ 7 % d'humidité, en dessous du seuil où les moisissures se développent.

6. Tri, ensachage et stockage

Les fèves sèches sont triées pour écarter les plates, les brisées, les agglomérées et les corps étrangers. Elles sont mises en sacs de jute ou en conteneurs, puis stockées dans un lieu sec et ventilé, à l'abri des insectes.

7. À l'usine : du grain marchand au produit

La suite se passe généralement dans le pays de transformation. Pour des fèves vendues torréfiées, les fèves sont nettoyées puis passées au four. Pour des fèves ou une poudre vendues comme crues, on évite la torréfaction. Les fèves sont ensuite concassées et vannées pour séparer les coques des éclats, appelés grué. Le grué broyé donne la masse de cacao, qu'on peut presser pour séparer le beurre de cacao de la poudre, ou travailler en chocolat.

Paramètres et contrôles qualité

La qualité des fèves se juge en grande partie à l'épreuve à la coupe, décrite par la norme ISO 1114. On coupe dans la longueur un échantillon de fèves, souvent 300, et on classe chaque fève selon l'aspect de l'intérieur. La norme ISO 2451 fixe les exigences de qualité des fèves marchandes, dont une humidité maximale de 7,5 %.

Défaut à la coupeCe qu'il révèleEffet sur le goût
Fève ardoisée (grise, compacte)Fève non fermentéeAmertume et astringence marquées, peu d'arôme
Fève violetteFermentation incomplèteAstringence, arôme moins développé
Fève moisie à l'intérieurSéchage trop lent, fève blessée ou stockage humideGoût de moisi, défaut rédhibitoire
Fève attaquée par les insectesStockage mal maîtriséDéfauts de goût, contamination
Fève germéeFermentation tardive ou fruit trop mûrPorte d'entrée pour les moisissures
Fève plateFève sans amande développéeRendement faible

D'autres contrôles portent sur la sécurité. Le règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales en cadmium pour le chocolat et la poudre de cacao, métal qui provient surtout des sols. Il fixe aussi des limites en hydrocarbures aromatiques polycycliques pour les fèves et les produits dérivés. Ces composés peuvent apparaître quand les fèves sont séchées à la fumée d'un feu de bois, d'où l'importance d'un séchoir bien conçu.

Les moisissures de stockage peuvent produire de l'ochratoxine A. Un séchage mené sans retard jusqu'à 7 % et un entreposage sec limitent ce risque. Le Codex Alimentarius a publié un code d'usages pour prévenir et réduire cette contamination dans le cacao. Côté hygiène, les fèves subissent ensuite, à l'usine, des étapes de nettoyage et souvent de traitement thermique qui réduisent la charge microbienne. Pour des produits vendus crus, ce point demande une attention particulière dans le plan HACCP.

Ce que le procédé change pour le produit

Sans fermentation, pas de goût de chocolat. Une fève non fermentée, même torréfiée, donne un produit plat, amer et astringent. La fermentation fixe la palette aromatique future : fruitée, florale, boisée, épicée. Elle dépend de la variété, du terroir, mais aussi du savoir-faire du producteur, au point qu'on parle parfois de « cru » pour le cacao.

La couleur change nettement. L'intérieur violet d'une fève fraîche de type forastero devient brun chocolat. Les fèves de type criollo, claires au départ, prennent une teinte caramel.

La texture évolue aussi. La fève sèche et fermentée devient friable, ce qui facilite le concassage et le vannage. Sa coque se détache mieux.

Pour les produits crus, comme les fèves non torréfiées ou la poudre de cacao cru, la fermentation est la principale transformation que la fève ait subie avant le séchage. Leur goût est plus vif, plus acide et plus astringent que celui des fèves torréfiées. Pour les fèves de cacao criollo torréfiées et la masse de cacao, la torréfaction développe ensuite les arômes grillés à partir des précurseurs formés pendant la fermentation.

Dans des chocolats sans sucres ajoutés, l'amertume du cacao n'est pas masquée par le sucre. La qualité de fermentation se sent donc d'autant plus. Le beurre de cacao, lui, garde peu de ces arômes, car la plupart des précurseurs restent dans la partie non grasse. Il en conserve cependant une odeur typique, sauf s'il est désodorisé.

Variantes et procédés voisins

La fermentation du cacao appartient à la famille des fermentations spontanées, comme la préparation du café par voie humide, décrite dans la page préparation du café, ou l'étape acétique du vinaigre. Elle est suivie de la torréfaction, du pressage du cacao et de la fabrication du chocolat.

MéthodePrincipeAvantagesLimites
Tas sous feuilles de bananierMasse conique retournée à la mainPeu de matériel, pratique ancienneFermentation parfois irrégulière
Caisses en boisFèves en caisses percées, transvaséesMeilleure maîtrise, jus bien drainéInvestissement, main-d'œuvre
PaniersPetites quantités dans des paniers tapissés de feuillesAdapté aux petits volumesChaleur plus difficile à atteindre
Fermentation ensemencéeAjout de levures ou de bactéries choisiesRégularité, profil aromatique viséPratique encore peu répandue
Fèves non fermentéesSéchage direct après écabossageFèves riches en polyphénols, pour certains usagesGoût très astringent, pas de goût de chocolat
Séchage solaire ou artificielSuite obligatoire de la fermentationArtificiel : utile en zone humideRisque de goût de fumée si mal conçu

Étiquette et réglementation

La fermentation n'est pas une mention obligatoire. On la voit rarement sur l'emballage, car elle est la norme pour les fèves marchandes. Certains produits indiquent « fèves fermentées » pour souligner le travail du producteur.

La directive 2000/36/CE encadre les dénominations des produits de cacao et de chocolat : « cacao en poudre », « beurre de cacao », « chocolat », « chocolat au lait » et leurs teneurs minimales en matière sèche de cacao. Le pourcentage de cacao doit être indiqué pour les chocolats.

Le mot « cru » n'est défini par aucun texte européen pour le cacao. Il désigne en pratique des fèves ou des produits non torréfiés, ou traités à basse température. Il ne veut pas dire que la fève n'a jamais été chauffée : la fermentation elle-même porte la masse autour de 45 à 50 °C.

La mention « sans sucres ajoutés » est une allégation nutritionnelle encadrée par le règlement (CE) 1924/2006. Elle suppose qu'aucun mono- ou disaccharide ni aucune denrée utilisée pour ses propriétés édulcorantes n'a été ajouté. Si le produit contient naturellement des sucres, l'étiquette doit l'indiquer. Le nom « criollo » renvoie à un groupe génétique de cacaoyers. Il doit être exact, comme toute information donnée au consommateur selon le règlement (UE) 1169/2011. En bio, le règlement (UE) 2018/848 s'applique dès la ferme, fermentation et séchage compris.

Un peu d'histoire

Le cacaoyer est originaire du haut bassin amazonien. Des traces de cacao ont été identifiées sur des poteries d'Équateur vieilles de plus de 5 000 ans. En Mésoamérique, Olmèques, Mayas puis Aztèques préparaient des boissons à base de fèves, et utilisaient même les fèves comme monnaie. La pulpe fermentée servait aussi à faire une boisson alcoolisée.

Les Espagnols rapportent le cacao en Europe au XVIe siècle. Le criollo, cultivé au Mexique et au Venezuela, domine alors. Au XVIIIe et au XIXe siècle, la culture s'étend et d'autres types, plus robustes, se répandent, jusqu'en Afrique de l'Ouest, devenue la première région productrice au XXe siècle. La chimie de la fermentation n'a été vraiment décrite qu'au XXe siècle, en particulier le rôle de l'acide acétique et des précurseurs d'arômes. Aujourd'hui, le criollo ne représente qu'une petite part de la production mondiale.

Idées reçues

« Le cacao cru n'a subi aucune transformation. » Il a été fermenté, souvent à plus de 45 °C, puis séché. Il n'a simplement pas été torréfié, ou très peu.

« Le goût du chocolat est déjà dans la fève fraîche. » La fève fraîche est amère et astringente. Les molécules qui donnent le goût de chocolat naissent pendant la fermentation et la torréfaction.

« Plus la fermentation est longue, meilleur est le cacao. » Au-delà d'une certaine durée, des bactéries indésirables prennent le dessus et produisent des odeurs de fromage ou de jambon. Chaque type de fève a sa durée optimale.

Questions fréquentes

Les fèves de cacao crues sont-elles fermentées ?

En général oui. Les fèves marchandes sont presque toutes fermentées puis séchées. Le mot « cru » indique qu'elles n'ont pas été torréfiées ensuite.

Pourquoi certaines fèves ont-elles un goût acide ?

L'acide acétique formé pendant la fermentation n'a pas été entièrement évaporé au séchage. Un séchage trop rapide ou une fermentation très poussée accentuent cette acidité. La torréfaction en élimine une partie.

Qu'est-ce qu'une fève criollo ?

C'est une fève d'un groupe génétique ancien de cacaoyers, souvent à l'intérieur clair et au goût peu astringent. Elle se fermente plus vite que d'autres types. Sa production est limitée.

Faut-il laver les fèves après fermentation ?

Ce n'est pas l'usage le plus courant. Dans quelques régions, on les lave pour retirer les restes de pulpe et obtenir une coque plus propre, mais cela peut fragiliser la coque et réduire le poids.

Comment reconnaître une bonne fève sèche ?

Elle est bien gonflée, brune à l'intérieur quand on la coupe, avec des fissures régulières. Elle sent le cacao, sans odeur de moisi ni de fumée. Sa coque se détache facilement.

Que devient la pulpe de cacao ?

Une grande partie s'écoule pendant la fermentation sous forme de jus. Ce jus peut être récupéré pour faire des boissons ou des confitures, lorsque les conditions d'hygiène le permettent.

Le beurre de cacao dépend-il de la fermentation ?

Un peu. Sa composition en graisses varie surtout avec la variété et le climat. La fermentation influe sur son odeur et sur son acidité libre, un critère de qualité du beurre.

Pour aller plus loin

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Sources

  • ISO 2451, Fèves de cacao, spécifications et exigences de qualité.
  • ISO 1114, Fèves de cacao, épreuve à la coupe.
  • Directive 2000/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 juin 2000 relative aux produits de cacao et de chocolat destinés à l'alimentation humaine.
  • Règlement (UE) 2023/915 de la Commission concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires.
  • Codex Alimentarius, Code d'usages pour la prévention et la réduction de la contamination du cacao par l'ochratoxine A (CXC 72-2013).
  • Règlement (CE) n° 1924/2006 du 20 décembre 2006, annexe relative aux allégations nutritionnelles.
  • Organisation internationale du cacao (ICCO), documentation sur la qualité des fèves et les cacaos fins.
  • Beckett S. T. et al., Beckett's Industrial Chocolate Manufacture and Use, Wiley-Blackwell, chapitres sur la fermentation et le séchage.

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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