Fabrication de la moutarde

La fabrication de la moutarde transforme des graines sèches en un condiment piquant. Les graines sont trempées dans un liquide acide, broyées à froid, parfois tamisées, puis laissées au repos. Le piquant naît d'une réaction qui se déclenche au broyage.

Cette fiche rassemble le principe de cette réaction, les étapes de fabrication, les contrôles, les différences entre moutardes, l'étiquetage et l'histoire du condiment.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreFabrication de la moutarde
Famille de procédéBroyage humide, réaction enzymatique, maturation
PrincipeAu contact de l'eau, une enzyme de la graine, la myrosinase, libère le composé piquant à partir d'une molécule de réserve. Le vinaigre ou le verjus fixe ensuite le goût.
Matières premièresGraines de moutarde brune (Brassica juncea), noire (Brassica nigra) ou blanche (Sinapis alba), vinaigre ou verjus, eau, sel
Étape de la chaîneTransformation d'une graine sèche en condiment prêt à l'emploi
Paramètres clésQualité et piquant des graines, durée de trempage, température au broyage, finesse du tamisage, acidité, durée de repos
Ce qui est obtenuMoutarde fine (lisse) ou moutarde à l'ancienne (grains entiers ou concassés)
Co-produitsTéguments (enveloppes des graines) retirés par tamisage, valorisés notamment en alimentation animale
Textes de référenceDécret n° 2000-658 du 6 juillet 2000 relatif aux dénominations des moutardes, règlement (UE) 1169/2011 (allergènes), règlement (CE) 852/2004, règlement (UE) 2018/848

Le principe

Une graine de moutarde entière ne pique pas. Croquez-en une sèche : elle est presque neutre. Le piquant apparaît seulement quand la graine est broyée en présence d'eau. C'est une réaction chimique qui se déclenche à ce moment précis.

La graine contient deux éléments rangés dans des cellules séparées. D'un côté, des glucosinolates : la sinigrine dans la moutarde brune et noire, la sinalbine dans la moutarde blanche. De l'autre, une enzyme, la myrosinase. Le broyage met ces deux éléments en contact, et l'eau permet la réaction. L'enzyme coupe le glucosinolate et libère un isothiocyanate.

Avec la moutarde brune ou noire, ce composé est l'isothiocyanate d'allyle. Il est volatil : c'est lui qui monte au nez. Avec la moutarde blanche, le composé libéré n'est pas volatil. Il pique en bouche mais ne monte pas au nez. Voilà pourquoi la moutarde de type Dijon, faite de graines brunes, est plus « forte » que la moutarde jaune douce, faite surtout de graines blanches.

Deux règles découlent de ce principe. La chaleur détruit l'enzyme : un broyage qui chauffe trop donne une moutarde fade. Le composé piquant est fragile : il se dégrade avec le temps, la chaleur et l'air. L'acidité du vinaigre ou du verjus arrête la réaction au bon moment et stabilise le goût.

Les étapes, du végétal au produit

1. Sélectionner et nettoyer les graines

Les graines arrivent sèches, souvent sous 10 % d'humidité. On les trie pour retirer poussières, pierres, graines étrangères et graines abîmées (voir tri, nettoyage et lavage). On contrôle leur taux de glucosinolates, qui conditionne le piquant, et leur propreté. La couleur et le calibre sont aussi observés.

2. Faire tremper

Les graines sont mises à tremper dans un mélange d'eau, de vinaigre ou de verjus et de sel, pendant plusieurs heures. Elles gonflent et s'assouplissent. Le trempage prépare le broyage et favorise la réaction enzymatique.

3. Broyer à froid

Le mélange passe entre des meules de pierre ou dans des broyeurs à disques. Le broyage doit rester doux et frais. S'il échauffe trop la pâte, la myrosinase perd son activité et le piquant s'effondre. Les ateliers surveillent donc la température et le débit. Pour une moutarde à l'ancienne, on broie moins, ou on mélange des graines simplement concassées à une pâte fine.

4. Tamiser (moutarde fine)

Pour une moutarde lisse, la pâte est tamisée afin de retirer les téguments, ces enveloppes brunes qui donneraient des points noirs et une texture granuleuse. On parle de « blutage ». La moutarde à l'ancienne, elle, garde ses téguments et ses grains : c'est ce qui lui donne son aspect et son croquant.

5. Ajuster la recette

On ajuste l'acidité, le sel et la consistance. C'est à ce stade qu'on ajoute les ingrédients des recettes aromatisées. Pour une moutarde au miel, le miel est incorporé à la pâte. Sa douceur tempère le piquant et sa texture épaissit le mélange. D'autres recettes accueillent des herbes, des épices ou du vin.

6. Laisser reposer

La pâte repose quelques heures à quelques jours en cuve. Le goût s'arrondit, l'amertume initiale s'atténue et la texture se stabilise. Un dégazage est parfois pratiqué pour chasser les bulles d'air qui oxyderaient la surface.

7. Conditionner

La moutarde est mise en pots de verre ou en tubes, fermés hermétiquement. Son acidité et son sel limitent le développement des germes. Elle n'est généralement ni cuite ni stérilisée, car la chaleur ferait perdre le piquant.

Paramètres et contrôles qualité

Point contrôléCe qui peut raterMaîtrise
Piquant des grainesGraines pauvres en glucosinolates, moutarde fadeAnalyse des lots, mélange de lots
Température au broyageÉchauffement, enzyme inactivéeBroyage lent, meules refroidies, surveillance
Corps étrangersPierres, graines d'autres plantesTri, tamis, détection
Acidité (pH)Instabilité microbienne, goût déséquilibréMesure du pH et de l'acidité à chaque lot
Extrait secMoutarde trop liquide ou trop compacteMesure et ajustement de l'eau
OxydationBrunissement en surface, perte d'arômeDégazage, pots pleins, fermeture étanche
AllergènesContamination croisée d'autres produitsPlan de maîtrise des allergènes, nettoyage

La moutarde est elle-même un allergène majeur. L'atelier qui la fabrique doit donc maîtriser la contamination des autres produits de la même ligne. Le plan HACCP exigé par le règlement (CE) 852/2004 couvre aussi la qualité de l'eau, la propreté des meules et le suivi des lots de graines.

Ce que le procédé change pour le produit

Le procédé crée le goût. Sans broyage humide, pas de piquant. Le choix des graines fixe la nature de la force : nasale avec les graines brunes, en bouche avec les graines blanches. Le vinaigre apporte une acidité franche. Le verjus, jus de raisin vert, donne une acidité plus fruitée.

Le tamisage fixe la texture. La moutarde nature fine est lisse, homogène et d'un jaune soutenu. La moutarde à l'ancienne est granuleuse, plus douce en apparence, avec des grains qui éclatent sous la dent. La moutarde au miel est plus ronde, plus sucrée et un peu plus épaisse.

La moutarde perd son piquant avec le temps, surtout une fois ouverte. Il vaut mieux refermer le pot après usage et le conserver au frais une fois entamé. En cuisine, la chaleur l'adoucit : ajoutée en fin de cuisson, elle garde son caractère, ajoutée au début, elle se fond dans la sauce. Une moutarde qui a séché en surface ou foncé n'est pas forcément impropre, mais elle a perdu une partie de son arôme.

Variantes et procédés voisins

TypeGrainesTraitementCaractère
Moutarde fine (type Dijon)Brunes ou noiresBroyage fin et tamisageLisse, piquant nasal marqué
Moutarde à l'ancienneBrunes, parfois mêléesBroyage partiel, sans tamisageGrains visibles, texture croquante
Moutarde au mielBrunes ou mêléesPâte fine additionnée de mielDouce et ronde
Moutarde douce ou jauneSurtout blanchesPâte fine, souvent colorée au curcumaPiquant faible, en bouche
Moutarde violetteBrunesPâte au moût de raisinFruitée, couleur foncée
Graines entièresToutesAucun broyage, ou torréfaction légèreÉpice sèche pour la cuisine

Le vinaigre utilisé vient de la fermentation acétique. Les graines passent par le tri et le nettoyage puis par le concassage ou le broyage. La torréfaction est utilisée pour les graines destinées à la cuisine indienne, où elles grésillent dans l'huile chaude. La moutarde partage enfin avec la pression à froid une matière première : la graine de moutarde donne aussi une huile.

Étiquette et réglementation

En France, le décret n° 2000-658 du 6 juillet 2000 encadre les dénominations des moutardes. Il définit notamment la « moutarde de Dijon », qui est une recette et non une origine : elle doit être faite de graines de moutarde brune ou noire, mais peut être fabriquée hors de Dijon avec des graines de toute provenance. À l'inverse, la « moutarde de Bourgogne » est une indication géographique protégée : ses graines et son vin blanc doivent venir de Bourgogne.

La moutarde figure parmi les quatorze allergènes de l'annexe II du règlement (UE) 1169/2011. Elle doit être mise en évidence dans la liste des ingrédients, par exemple en gras. Cette obligation vaut aussi quand la moutarde est un ingrédient d'une sauce ou d'une vinaigrette.

La liste des ingrédients indique les graines, le liquide acide, le sel et les ingrédients d'aromatisation, par ordre décroissant de poids. Si du miel est ajouté, il y figure, et la dénomination « moutarde au miel » suppose une présence réelle de miel. Les éventuels additifs (acidifiant, colorant, conservateur) sont nommés avec leur fonction.

En bio, les graines, le vinaigre et le miel sont issus de l'agriculture biologique selon le règlement (UE) 2018/848. Le logo européen et le code de l'organisme certificateur figurent sur l'étiquette. La date indiquée est une date de durabilité minimale : passé ce délai, la moutarde reste consommable mais peut avoir perdu du piquant.

Un peu d'histoire

Les Romains mélangeaient déjà des graines de moutarde broyées avec du moût de raisin. C'est d'ailleurs l'origine du mot : « mustum ardens », le moût ardent. Le condiment s'est répandu en Gaule avec eux.

Au Moyen Âge, la moutarde est un condiment populaire, bon marché, qui relève des plats simples. Dijon s'impose tôt comme centre de fabrication. Les vinaigriers-moutardiers s'y organisent en corporation à l'époque moderne. Au XVIIIe siècle, on attribue au Dijonnais Jean Naigeon l'idée de remplacer le vinaigre par le verjus, ce qui adoucit la recette.

Au XIXe siècle, la mécanisation des meules permet une production régulière. Le décret de 1937 fixe pour la première fois la recette de la moutarde de Dijon, reprise et actualisée en 2000. Aujourd'hui, une grande partie des graines utilisées en France est importée, notamment du Canada. La sécheresse de 2021 dans ce pays a provoqué une pénurie remarquée dans les rayons français en 2022, et relancé la culture de la graine en Bourgogne.

Idées reçues

« La moutarde de Dijon vient de Dijon. » Pas forcément. C'est une recette. Seule la moutarde de Bourgogne garantit une origine régionale.

« La moutarde à l'ancienne est plus forte. » Pas forcément. Les grains entiers libèrent moins de composé piquant qu'une pâte finement broyée, et son goût paraît souvent plus doux.

« Une moutarde qui ne pique plus est périmée. » Non. Le piquant diminue avec le temps et l'air, sans que le produit devienne impropre avant sa date.

« La moutarde jaune est colorée artificiellement. » Sa couleur vient souvent du curcuma, une épice. La moutarde de type Dijon doit sa teinte aux graines elles-mêmes.

Questions fréquentes

Pourquoi la moutarde pique-t-elle au nez ?

Le broyage humide des graines brunes libère l'isothiocyanate d'allyle, un composé volatil qui monte vers le nez.

Quelle différence entre moutarde fine et moutarde à l'ancienne ?

La moutarde fine est tamisée pour retirer les enveloppes des graines. La moutarde à l'ancienne garde ses grains entiers ou concassés.

Faut-il conserver la moutarde au réfrigérateur ?

Fermée, elle se garde à température ambiante. Une fois ouverte, le froid aide à préserver son piquant et sa couleur.

Pourquoi ne faut-il pas trop chauffer la pâte au broyage ?

La chaleur détruit la myrosinase, l'enzyme qui crée le piquant. La moutarde serait fade.

La moutarde au miel est-elle plus douce ?

Oui. Le miel apporte du sucre qui arrondit le goût et masque en partie le piquant.

La moutarde est-elle un allergène ?

Oui. Elle fait partie des quatorze allergènes à déclarer obligatoirement sur l'étiquette.

Pourquoi la moutarde sèche-t-elle en surface ?

L'air fait évaporer l'eau et oxyde la pâte. Un pot bien refermé limite ce phénomène.

Pour aller plus loin

Pour mieux comprendre ses ingrédients et ses étapes, voir la fermentation acétique, le tri et le nettoyage, le broyage et la pression à froid. Pour les autres condiments sucrés, voir la cuisson des confitures et caramels.

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Sources

  • Décret n° 2000-658 du 6 juillet 2000 pris pour l'application du code de la consommation relatif aux dénominations des moutardes
  • Décret du 10 septembre 1937 relatif aux moutardes (texte historique)
  • Règlement (UE) 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, annexe II
  • Cahier des charges de l'indication géographique protégée « Moutarde de Bourgogne »
  • Règlement (CE) 852/2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires
  • Règlement (UE) 2018/848 relatif à la production biologique
  • McGee H., On Food and Cooking, Scribner, éd. révisée

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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