Lyophilisation
La lyophilisation est un séchage à froid. Le produit est congelé, puis placé sous vide, où sa glace se transforme directement en vapeur. C'est la technique de référence pour conserver des ferments vivants en poudre, avant leur mise en gélules.
Cette fiche rassemble le principe physique, les étapes pour les ferments, les contrôles de qualité, les effets sur le produit, les procédés voisins, l'étiquetage et l'histoire du procédé.
Les produits Jolivia issus de ce procédé
Fiche d'identité
| Critère | Lyophilisation |
|---|
| Famille de procédé | Séchage à froid, sous vide |
| Principe physique | Congeler le produit, puis faire passer la glace directement à l'état de vapeur (sublimation) sous pression très réduite |
| Matières premières concernées | Ferments lactiques et autres bactéries cultivées, fruits, légumes, cafés solubles haut de gamme, plats préparés, collections de micro-organismes |
| Étape de la chaîne | Stabilisation après culture et concentration, avant broyage, mélange et mise en gélules |
| Paramètres clés | Vitesse de congélation, température du produit sous le seuil d'effondrement, pression dans la chambre (souvent de l'ordre de 0,1 à 0,5 millibar), température des plateaux, durée, humidité finale |
| Ce qui est obtenu | Une masse sèche et poreuse, ou une poudre après broyage, en général à moins de 5 % d'humidité, parfois moins de 3 % |
| Co-produits | Eau récupérée sous forme de glace sur le condenseur, surnageant de centrifugation lors de la concentration des cultures |
| Textes de référence | Règlement (CE) 852/2004, règlement (UE) 1169/2011, règlement (CE) 1924/2006, directive 2002/46/CE, décret 2006-352, liste QPS de l'EFSA |
Le principe
L'eau peut exister sous trois formes : solide, liquide et gazeuse. À la pression atmosphérique, la glace fond avant de s'évaporer. En dessous d'une pression d'environ 6 millibars, qui correspond au point triple de l'eau, la phase liquide ne peut plus exister. La glace passe alors directement à l'état de vapeur. C'est la sublimation, le phénomène qui fait disparaître lentement le givre par grand froid sec.
La lyophilisation exploite ce phénomène. On congèle d'abord le produit : l'eau forme des cristaux de glace et les autres constituants se concentrent entre eux. On abaisse ensuite fortement la pression. On apporte un peu de chaleur, juste assez pour que la glace se sublime sans jamais fondre. La vapeur est piégée sur une surface très froide, le condenseur, où elle redevient glace.
Quand la glace est partie, elle laisse à sa place des pores. Le produit garde sa forme et devient une sorte d'éponge sèche, légère et friable. Une seconde phase, à température un peu plus élevée, retire l'eau restée liée aux molécules.
Pour les ferments, l'enjeu est particulier. On ne cherche pas seulement à conserver une matière, mais des cellules vivantes capables de se multiplier à nouveau une fois réhydratées. La congélation et le séchage sont des stress pour la bactérie : formation de cristaux, concentration des sels, fragilisation des membranes. On ajoute donc des cryoprotecteurs, comme certains sucres, qui remplacent l'eau autour des structures cellulaires et forment un verre protecteur en séchant.
Les étapes, du végétal au produit
1. Cultiver les ferments
Les bactéries lactiques et les bifidobactéries sont multipliées dans une cuve de fermentation, sur un milieu nutritif stérilisé. La température, le pH et, pour les espèces sensibles à l'oxygène, l'absence d'air sont contrôlés. La culture est arrêtée au moment où les cellules sont nombreuses et en bon état, souvent en fin de phase de croissance.
2. Concentrer les cellules
La culture est centrifugée ou filtrée sur membrane pour séparer les cellules du milieu épuisé. On obtient une crème bactérienne concentrée. Cette étape se fait au froid et rapidement, pour limiter les pertes.
3. Ajouter les protecteurs
La crème est mélangée à une solution de cryoprotecteurs. Selon les formules, on trouve du tréhalose, du saccharose, du lactose, du lait écrémé, de la maltodextrine, de l'inuline ou des sels tampons. Le choix est adapté à chaque souche et fait souvent l'objet d'un savoir-faire propre au producteur.
4. Congeler
La congélation peut se faire directement sur les plateaux du lyophilisateur ou, en amont, en gouttes plongées dans l'azote liquide. On obtient alors de petites billes congelées. La vitesse de congélation règle la taille des cristaux de glace : des cristaux fins abîment moins les cellules, des cristaux plus gros facilitent ensuite le passage de la vapeur. Le produit est amené bien en dessous de sa température de solidification complète, souvent vers -40 °C ou plus bas.
5. Sublimer la glace (dessiccation primaire)
La chambre est mise sous vide. Les plateaux sont chauffés doucement. Le front de sublimation progresse de la surface vers le cœur du produit. Cette phase est la plus longue : elle peut durer de plusieurs heures à plus d'une journée selon l'épaisseur. Le produit doit rester sous sa température d'effondrement, au-delà de laquelle la structure s'affaisse et devient collante.
6. Retirer l'eau liée (dessiccation secondaire)
Une fois la glace éliminée, la température des plateaux est relevée, tout en restant modérée pour les ferments. L'eau adsorbée quitte le produit. La phase s'arrête quand l'humidité résiduelle et l'activité de l'eau atteignent la cible fixée pour la stabilité.
7. Casser le vide, broyer et mélanger
Le vide est rompu avec un gaz sec, souvent de l'azote. Le produit sec est broyé en poudre dans une atmosphère à faible humidité. La poudre concentrée est ensuite mélangée à un excipient pour obtenir la teneur visée, puis répartie en gélules ou en sachets.
8. Conditionner à l'abri de l'humidité
Les gélules sont placées dans des flacons ou des blisters peu perméables à l'eau, parfois avec un dessiccant. L'humidité et la chaleur sont les deux facteurs qui réduisent le plus vite le nombre de cellules vivantes pendant le stockage.
Paramètres et contrôles qualité
La qualité d'un ferment lyophilisé se juge d'abord à sa vitalité, puis à sa pureté et à sa stabilité.
| Contrôle | Ce qu'on mesure | Pourquoi |
|---|
| Numération | Nombre d'unités formant colonie (UFC) par gramme, par dénombrement sur milieu gélosé ou par cytométrie | Vérifier la quantité de cellules vivantes, avant et après séchage, puis au cours du stockage |
| Identité de la souche | Méthodes génétiques (séquençage, profils d'ADN) | S'assurer que la souche est bien celle annoncée |
| Pureté | Recherche de contaminants microbiens, dont salmonelles, listérias, entérobactéries, levures et moisissures | Écarter toute contamination de la culture |
| Humidité et activité de l'eau | Méthode de Karl Fischer, hygromètre | Condition de la survie des cellules pendant la conservation |
| Aspect du gâteau sec | Structure, absence d'effondrement ou de fonte | Témoin d'un cycle bien conduit |
| Stabilité | Numérations répétées à différentes températures et dates | Fixer une durée de conservation réaliste |
Le rendement de survie varie beaucoup d'une souche à l'autre. C'est pourquoi les fabricants surdosent souvent à la fabrication, afin qu'il reste la quantité annoncée jusqu'à la date indiquée. Le plan HACCP couvre la chaîne entière, de la cuve de fermentation au conditionnement. Il est exigé par le règlement (CE) 852/2004.
Le cycle de lyophilisation est enregistré : pressions, températures des plateaux et du produit, durées. Ces courbes font partie du dossier de lot et assurent la traçabilité avec le numéro de lot porté sur le flacon.
Ce que le procédé change pour le produit
La conservation. Une culture liquide de bactéries lactiques perd ses cellules vivantes en quelques jours ou semaines, même au froid. Lyophilisée et protégée de l'humidité, elle peut rester vivante pendant des mois, parfois des années. C'est ce qui rend possible leur vente en gélules.
La forme d'usage. La poudre sèche se dose avec précision, se mélange à un excipient et se met en gélules. Les cellules sont en état de dormance. Elles ne redeviennent actives qu'au contact de l'eau.
La sensibilité au stockage. Dormance ne veut pas dire invulnérabilité. La chaleur, l'humidité et l'oxygène réduisent peu à peu le nombre de cellules vivantes. L'étiquette indique souvent une température de conservation, parfois le réfrigérateur. Respecter ce conseil aide à retrouver la quantité annoncée jusqu'à la date indiquée.
Pour les fruits et légumes. La lyophilisation garde la forme, la couleur et une grande partie des arômes. Les morceaux deviennent croustillants et se réhydratent vite. C'est la raison de son usage pour les fraises en morceaux, les cafés solubles en granules ou les repas de randonnée.
Le goût. Une poudre de ferments n'a presque pas de goût propre. Ce que l'on perçoit en ouvrant une gélule vient surtout des excipients et des protecteurs.
Variantes et procédés voisins
Plusieurs méthodes permettent de sécher des micro-organismes ou des aliments fragiles.
| Procédé | Température du produit | Durée | Survie des ferments | Coût |
|---|
| Lyophilisation | Très basse, produit congelé | Heures à jours | La meilleure en général | Élevé |
| Atomisation | Modérée, contact bref avec l'air chaud | Secondes | Plus faible et variable selon la souche | Faible |
| Séchage sous vide sans congélation | Basse à modérée | Heures | Intermédiaire | Moyen |
| Séchage en lit fluidisé | Modérée | Minutes à heures | Intermédiaire, surtout pour les levures | Moyen |
| Congélation seule (ferments surgelés) | Très basse, chaîne du froid | Sans séchage | Bonne tant que le froid est maintenu | Transport et stockage coûteux |
Les levures de boulangerie sèches sont souvent déshydratées en lit fluidisé plutôt que lyophilisées : voir la fiche culture de la levure. Pour obtenir une poudre à partir d'un liquide non vivant, l'atomisation reste plus rapide et moins coûteuse. Le froid extrême sert aussi à broyer des plantes sans les échauffer : c'est le cryobroyage.
On rapproche parfois la lyophilisation de l'enrobage des gélules : certaines formules utilisent des gélules gastro-résistantes ou des micro-encapsulations. Ces techniques relèvent de la mise en forme, présentée dans la fiche mise en gélules.
Étiquette et réglementation
Le mot « lyophilisé » n'est pas obligatoire, mais il est souvent indiqué, en particulier pour les fruits. Il ne doit pas induire en erreur : un produit simplement séché à l'air ne peut pas être présenté comme lyophilisé.
Pour les ferments vendus en complément alimentaire, la directive 2002/46/CE et le décret 2006-352 imposent la dénomination « complément alimentaire », la portion journalière recommandée, l'avertissement de ne pas dépasser cette dose, la mention de tenir hors de portée des jeunes enfants et celle rappelant qu'un complément ne remplace pas une alimentation variée. La liste des ingrédients suit le règlement (UE) 1169/2011. Les souches sont en général désignées par le genre, l'espèce et, souvent, une référence de souche.
Le terme « probiotique » est un cas particulier. Selon les lignes directrices de la Commission européenne de 2007 sur l'application du règlement (CE) 1924/2006, ce mot sous-entend un effet sur l'organisme et relève donc des allégations encadrées par ce règlement. La plupart des demandes d'allégations déposées pour des souches dites probiotiques ont reçu un avis défavorable de l'EFSA. Plusieurs États membres ont assoupli leur position sur l'emploi du mot lui-même, et les pratiques varient d'un pays à l'autre. Sur une fiche de vente, la prudence consiste à décrire la composition, les souches et la quantité, sans promesse d'effet.
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) tient une liste des micro-organismes bénéficiant d'une présomption de sécurité, dite liste QPS. Elle sert de référence pour l'évaluation des souches ajoutées aux aliments. Une souche jamais consommée de façon significative dans l'Union avant le 15 mai 1997 peut aussi relever du règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments.
Un peu d'histoire
Bien avant les machines, les peuples des Andes pratiquaient une forme naturelle de lyophilisation. Le chuño est une pomme de terre exposée au gel nocturne et au soleil sec de l'altiplano, à haute altitude, où la pression est plus faible. Piétinée puis séchée, elle se conserve des années.
En laboratoire, le principe est décrit à la fin du XIXe siècle. Au début du XXe, les physiologistes français Arsène d'Arsonval et Frédéric Bordas mettent au point à Paris des appareils de dessiccation sous vide à basse température. Dans les années 1930, les travaux d'Earl Flosdorf et Stuart Mudd, aux États-Unis, ouvrent la voie aux usages à grande échelle.
La Seconde Guerre mondiale est décisive : le plasma sanguin lyophilisé est expédié sur les fronts, puis la pénicilline est conservée de la même façon. Les collections de micro-organismes adoptent la technique pour garder leurs souches. Après-guerre, l'industrie alimentaire s'en empare, notamment pour le café soluble et les rations des missions spatiales. Les ferments lyophilisés se généralisent dans la seconde moitié du XXe siècle, pour les fromageries et les yaourts, puis pour les compléments alimentaires.
Idées reçues
« La lyophilisation tue les bactéries. » Une partie des cellules ne survit pas, mais une grande partie reste vivante et redevient active une fois réhydratée. Le taux de survie dépend de la souche, des protecteurs et du cycle.
« Lyophilisé veut dire éternel. » La poudre sèche est stable, mais le nombre de cellules vivantes diminue avec le temps, plus vite à la chaleur et à l'humidité. D'où l'intérêt de respecter le conseil de conservation.
« Lyophiliser, c'est simplement congeler. » La congélation n'est que la première étape. C'est le passage sous vide et la sublimation de la glace qui retirent l'eau. Un produit congelé non séché reste humide.
Questions fréquentes
Pourquoi les ferments sont-ils lyophilisés plutôt que séchés à l'air chaud ?
Parce que les cellules vivantes supportent mal la chaleur. Le séchage à froid préserve en général une plus grande proportion de cellules capables de se multiplier à nouveau.
Que signifie UFC ?
UFC veut dire « unité formant colonie ». C'est l'unité de comptage des micro-organismes vivants : chaque cellule ou petit groupe de cellules capable de se multiplier sur un milieu de culture forme une colonie visible.
Faut-il garder des gélules de ferments au réfrigérateur ?
Suivez le conseil de conservation indiqué sur l'étiquette. Dans tous les cas, gardez le flacon bien fermé, au sec et à l'abri de la chaleur, loin d'une salle de bains humide.
Peut-on ouvrir une gélule et verser la poudre dans une boisson chaude ?
La chaleur réduit le nombre de cellules vivantes. Si l'étiquette permet d'ouvrir la gélule, une boisson froide ou tiède et une consommation rapide sont plus cohérentes avec la nature du produit.
À quoi servent le tréhalose ou la maltodextrine dans ces produits ?
Ce sont des protecteurs de séchage ou des excipients. Ils entourent les cellules pendant la congélation et le séchage, puis servent de support pour doser la poudre.
Un fruit lyophilisé est-il plus riche qu'un fruit frais ?
À poids égal, oui, puisque l'eau a été retirée : tout est concentré. Par portion de fruit d'origine, en revanche, la lyophilisation n'ajoute rien.
Pourquoi la lyophilisation coûte-t-elle si cher ?
Elle demande un vide poussé, un condenseur très froid et des cycles longs. L'énergie et le temps d'occupation des machines se reflètent dans le prix.
Pour aller plus loin
Pour suivre la chaîne complète d'un ferment en gélule, lisez les fiches mise en gélules et culture de la levure. D'autres fermentations sont présentées dans les fiches fermentation acétique, fermentation du cacao et levure de riz rouge. Pour comparer les séchages : atomisation, séchage des fruits et séchage des plantes. Le service fabrication de gélules à façon présente la mise en forme en atelier.
Tous les procédés de transformation des plantes · Tous nos ingrédients, par famille
Autres procédés de transformation
Tri, nettoyage et lavage Décorticage Fermentation du cacao Préparation de la vanille Préparation du café vert Thé vert Thé noir Thé blanc Matcha Rooibos Aromatisation du thé Séchage des plantes Séchage des fruits Atomisation Coupe et concassage Broyage et micronisation Cryobroyage Mouture des farines Torréfaction Cuisson des confitures et caramels Évaporation de la sève Pasteurisation et stérilisation Pression à froid des huiles Pressage et jus concentrés Gel d'aloe vera Pressage du cacao Beurre de karité Infusion et décoction Teinture mère Macérat de bourgeons Macération des fruits dans l'alcool Extrait sec Extrait titré Extraction au CO2 supercritique Distillation à la vapeur Expression des zestes Vinaigre Levure de bière Levure de riz rouge Spiruline Chlorella Champignons Moutarde Xylitol Érythritol Maltodextrine Lécithine de tournesol Charbon végétal activé Mise en gélules Comprimés Capsules molles Liposomes Chocolat Pâtes à tartiner Pâtes artisanales Savon surgras
Tous les procédés de transformation des plantes · Tous nos ingrédients, par famille
Sources
- Franks F., Freeze-drying of Pharmaceuticals and Biopharmaceuticals, Royal Society of Chemistry, 2007.
- Oetjen G.-W., Haseley P., Freeze-Drying, 2e édition, Wiley-VCH, 2004.
- Santivarangkna C., Kulozik U., Foerst P., « Alternative drying processes for the industrial preservation of lactic acid starter cultures », Biotechnology Progress, 23 (2), 2007.
- Commission européenne, Guidance on the implementation of Regulation No 1924/2006 on nutrition and health claims made on foods, 14 décembre 2007.
- EFSA, avis scientifiques successifs sur la liste des agents biologiques bénéficiant d'une présomption de sécurité (QPS).
- Directive 2002/46/CE et décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 relatifs aux compléments alimentaires.
- Règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires.
Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.