Mouture des farines
La mouture transforme un grain en farine. Le grain, nettoyé et parfois décortiqué, est écrasé entre des meules ou des cylindres. Le blutage, un tamisage, sépare ensuite la farine des sons et des semoules.
Cette fiche rassemble le principe, les étapes du grain à la farine, le cas de la châtaigne, les contrôles, les effets sur le produit, l'étiquetage et l'histoire de la meunerie.
Les produits Jolivia issus de ce procédé
Fiche d'identité
| Critère | Mouture des farines |
|---|
| Famille de procédé | Réduction de taille des grains et séparation des fractions (meunerie) |
| Principe physique | Écraser ou cisailler le grain entre des meules ou des cylindres, puis trier les particules par tamisage (blutage) pour séparer farine, semoules et sons |
| Matières premières concernées | Céréales (grand épeautre, petit épeautre, riz), pseudo-céréales (sarrasin), légumineuses (lupin), fruits secs amylacés (châtaigne) |
| Étape de la chaîne | Après récolte, séchage, nettoyage et, selon les grains, décorticage, avant conditionnement ou fabrication de pâtes, pains et biscuits |
| Paramètres clés | Propreté et humidité du grain, repos après mouillage, type et réglage des meules ou cylindres, maille des tamis, taux d'extraction, échauffement |
| Ce qui est obtenu | Une farine plus ou moins complète, parfois des semoules et des sons séparés |
| Co-produits | Son, remoulages, germes, balles et enveloppes, souvent valorisés en alimentation animale ou en produits à part |
| Textes de référence | Règlements (UE) 1169/2011, (UE) 2018/848, (CE) 852/2004 et (UE) 2023/915, règlement d'exécution (UE) 828/2014 (sans gluten), normes Codex sur les farines, cahiers des charges des indications géographiques |
Le principe
Un grain est construit comme une petite boîte. Au centre, une réserve d'amidon et de protéines, l'albumen. Autour, des enveloppes riches en fibres et en minéraux, qui forment le son. Sur le côté, le germe, riche en matières grasses. Moudre, c'est ouvrir cette boîte et réduire l'albumen en poudre fine.
Deux familles d'outils existent. La meule écrase et cisaille le grain entre deux disques de pierre, dont l'un tourne. Tout le grain est réduit en une seule fois ou en peu de passages. La farine obtenue contient naturellement des fragments d'enveloppe et de germe très fins. Le moulin à cylindres fait passer le grain entre des paires de rouleaux métalliques, cannelés puis lisses. À chaque passage, on tamise et on sépare. On peut ainsi retirer le son et le germe de façon progressive et obtenir des farines très blanches.
Le blutage est le tamisage de la mouture. Il sépare la farine fine des particules plus grosses. Plus on garde de fractions, plus la farine est complète. Le rapport entre la farine obtenue et le grain mis en œuvre s'appelle le taux d'extraction.
Tous les grains ne se comportent pas de la même façon. L'épeautre et le petit épeautre sont des blés « vêtus » : leurs grains restent enfermés dans des balles qu'il faut retirer avant la mouture. Le sarrasin a une coque dure. Le lupin, graine de légumineuse, se moud après avoir été débarrassé de son tégument. La châtaigne, fruit frais très humide, doit d'abord être séchée et décortiquée. Le riz est décortiqué puis blanchi avant d'être réduit en farine.
Les étapes, du végétal au produit
1. Recevoir, nettoyer, trier
Les grains passent dans un nettoyeur-séparateur, qui retire pailles, poussières et graines étrangères. Un épierreur écarte les petits cailloux, un trieur sépare les graines d'autres espèces, un aimant retient les métaux. Un tri optique peut éliminer les grains colorés ou les corps étrangers. Ce nettoyage est décisif : une fois moulue, une impureté ne peut plus être retirée. Voir aussi la fiche tri, nettoyage et lavage.
2. Décortiquer les grains vêtus
Les épeautres et le sarrasin passent dans un décortiqueur, souvent à meules ou à disques abrasifs, qui détache les balles ou la coque sans casser l'amande. Un courant d'air emporte les enveloppes légères. Le lupin est dépelliculé. Le riz est décortiqué puis blanchi pour obtenir le riz blanc qui servira à la farine. Ces opérations sont détaillées dans la fiche décorticage.
3. Cas de la châtaigne : sécher sur claie et décortiquer
Les châtaignes fraîches contiennent environ la moitié de leur poids en eau. Dans la tradition des Cévennes, de l'Ardèche ou de la Corse, on les étale sur une claie, un plancher à claire-voie situé au-dessus d'un feu de bois qui couve. Le séchage dure souvent plusieurs semaines. La fumée et la chaleur douce sèchent les fruits et leur donnent une note légèrement fumée. Les châtaignes sèches sont ensuite battues ou passées dans une décortiqueuse pour retirer l'écorce et la peau fine, puis triées à la main ou à la machine. Une légère torréfaction précède parfois la mouture.
4. Préparer le grain à la mouture
Pour les blés, on ajoute souvent un peu d'eau puis on laisse reposer plusieurs heures. Ce mouillage assouplit les enveloppes, qui se détachent alors en larges paillettes au lieu de se réduire en poudre. Pour les matières plus fragiles ou plus grasses, comme la châtaigne ou le lupin, on travaille au contraire avec un produit bien sec.
5. Moudre
Sur une meule de pierre, le grain entre par le centre de la meule supérieure et ressort en périphérie, réduit en mouture. Le réglage de l'écartement entre les deux pierres fixe la finesse. Sur un moulin à cylindres, le grain passe d'abord entre des cylindres cannelés, les broyeurs, qui l'ouvrent. Des cylindres lisses, les convertisseurs, réduisent ensuite les semoules en farine. Une meunerie à cylindres enchaîne de nombreux passages.
6. Bluter et séparer
La mouture passe dans une bluterie, un tamis rotatif, ou dans un plansichter, un empilement de tamis plans animés d'un mouvement circulaire. On sépare la farine, les semoules à remoudre, les sons et les remoulages. Des sasseurs, qui combinent tamis et courant d'air, purifient les semoules. Le meunier assemble ensuite les fractions pour obtenir la farine voulue, plus ou moins complète.
7. Reposer, contrôler, conditionner
La farine fraîchement moulue est parfois laissée au repos quelques jours avant emploi. Elle passe dans un tamis de contrôle et un détecteur de métaux avant l'ensachage. Les farines riches en germe, en matières grasses ou en sucres, comme les farines complètes, de lupin ou de châtaigne, sont plus sensibles au rancissement et au mottage. Elles se conservent moins longtemps.
Paramètres et contrôles qualité
| Paramètre | Méthode courante | Ce qui peut rater |
|---|
| Humidité | Étuve, analyseurs rapides | Farine trop humide qui moisit ou s'agglomère |
| Taux de cendres | Incinération à haute température, pour les farines de blé | Farine classée dans un type qui ne lui correspond pas |
| Granulométrie | Tamisage | Farine trop grossière pour l'usage prévu |
| Qualité boulangère | Teneur et force du gluten, temps de chute (activité amylasique) pour les blés | Pâte qui ne tient pas, mie collante |
| Mycotoxines | Dosages de déoxynivalénol, zéaralénone, ochratoxine A selon les grains | Dépassement des teneurs maximales |
| Alcaloïdes de l'ergot et alcaloïdes tropaniques | Dosages chimiques | Contamination par l'ergot ou par des graines de datura, notamment dans le sarrasin |
| Allergènes et contaminations croisées | Nettoyage des lignes, tests de détection du gluten | Présence de gluten dans une farine naturellement sans gluten |
| Insectes et corps étrangers | Tamisage, détecteurs de métaux, surveillance des stocks | Infestation pendant le stockage |
Le règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales pour plusieurs contaminants des céréales et de leurs farines. Il encadre notamment les mycotoxines, les sclérotes et alcaloïdes de l'ergot, ainsi que les alcaloïdes tropaniques dans le sarrasin et ses produits. Les graines de datura, plante toxique qui pousse parfois dans les champs, ressemblent à celles du sarrasin : leur tri est un point de vigilance majeur.
Le plan HACCP exigé par le règlement (CE) 852/2004 couvre le stockage des grains, le nettoyage et la mouture. Un moulin qui traite à la fois des grains avec et sans gluten doit organiser des séparations strictes et des contrôles pour pouvoir annoncer une farine sans gluten.
Ce que le procédé change pour le produit
Le goût. La mouture révèle le goût du grain. Le sarrasin donne une farine au goût marqué, légèrement amer et terreux, qui fait le caractère des galettes. Le petit épeautre offre des notes de noisette. La farine de châtaigne est douce et sucrée, avec parfois une pointe fumée venue du séchage sur claie. La farine de lupin est plus neutre et un peu herbacée. La farine de riz blanc est très neutre.
La couleur. Une farine complète est plus foncée, car elle contient des fragments d'enveloppe. La farine de sarrasin est grise mouchetée. La farine de châtaigne est beige, celle de lupin jaune pâle, celle de riz blanc d'un blanc éclatant.
La texture et le comportement en cuisine. Les épeautres contiennent du gluten et peuvent servir à faire du pain, même si leur réseau de gluten est plus fragile que celui du blé tendre. Le sarrasin, la châtaigne, le lupin et le riz ne contiennent pas de gluten : leurs pâtes ne lèvent pas de la même façon. On les utilise en galettes, crêpes, biscuits, gâteaux, sauces ou en mélange avec d'autres farines.
La finesse. Une farine à la meule est souvent un peu plus granuleuse et plus riche en fragments de son qu'une farine à cylindres du même type. Une farine de riz très fine donne des pâtes lisses. Une farine plus grossière apporte du croquant.
La conservation. Les farines blanches se conservent plusieurs mois au sec. Les farines complètes et celles riches en matières grasses rancissent plus vite, car le broyage met les graisses du germe au contact de l'air. Un contenant fermé, au frais et au sec, les protège des insectes et de l'humidité.
Variantes et procédés voisins
La mouture s'adapte à chaque grain et à chaque usage.
| Procédé | Principe | Farine obtenue | Exemples |
|---|
| Mouture à la meule de pierre | Écrasement et cisaillement entre deux pierres, peu de passages | Farine souvent bise ou complète, un peu granuleuse | Farines artisanales, sarrasin, châtaigne, épeautres |
| Mouture à cylindres | Passages successifs entre rouleaux cannelés puis lisses, tamisage à chaque étape | Farine blanche à complète, finesse très régulière | Grandes meuneries, blé tendre |
| Mouture à marteaux ou à broches | Choc sur un grain sec | Farine complète fine, sans séparation préalable | Légumineuses, riz, certaines farines sans gluten |
| Mouture humide | Trempage puis broyage dans l'eau, puis séchage | Farine très fine | Farine de riz dans certaines traditions d'Asie |
| Mouture de grains torréfiés ou grillés | Grillage du grain puis mouture | Farine au goût grillé | Sarrasin grillé, certaines farines de châtaigne |
Le broyage des matières autres que les grains est présenté dans la fiche broyage et micronisation. Le grillage des grains relève de la torréfaction. Les farines servent ensuite à la fabrication des pâtes artisanales. L'amidon des céréales peut aussi être transformé en sirops et maltodextrines : voir la fiche hydrolyse de l'amidon.
Étiquette et réglementation
La dénomination précise l'espèce : « farine de sarrasin », « farine de petit épeautre », « farine de lupin », « farine de châtaigne », « farine de riz ». Pour le blé tendre, la France utilise une classification en types, de T45 à T150, fondée sur le taux de cendres, c'est-à-dire la teneur en minéraux qui reste après incinération. Plus le chiffre est élevé, plus la farine est complète. Cette classification est aussi employée par usage pour d'autres céréales, comme l'épeautre.
Les allergènes doivent être mis en évidence dans la liste des ingrédients, selon l'annexe II du règlement (UE) 1169/2011. Les céréales contenant du gluten, dont l'épeautre, y figurent, tout comme le lupin. Pour une farine vendue seule, la dénomination doit rendre l'allergène visible.
La mention « sans gluten » est réservée aux produits contenant au plus 20 mg de gluten par kilo, selon le règlement d'exécution (UE) 828/2014. Une farine de sarrasin, de châtaigne ou de riz est naturellement dépourvue de gluten, mais elle ne peut porter cette mention que si le moulin garantit l'absence de contamination croisée.
Plusieurs farines bénéficient de signes de qualité européens. La farine de petit épeautre de Haute-Provence et la farine de blé noir de Bretagne sont protégées par une indication géographique. La farine de châtaigne corse est protégée par une appellation d'origine. Leurs cahiers des charges fixent l'aire, les variétés et certaines étapes de fabrication. Le logo bio européen suppose la certification des grains et du moulin, selon le règlement (UE) 2018/848.
Un peu d'histoire
La mouture est aussi ancienne que la cuisine des graines. Des pierres à moudre utilisées il y a plus de trente mille ans ont conservé des traces d'amidon. Au Néolithique, la meule à va-et-vient, sur laquelle on frotte une molette, devient un outil de base des foyers. Les Romains généralisent la meule rotative et construisent de véritables usines hydrauliques, comme le complexe de Barbegal, près d'Arles.
Au Moyen Âge, les moulins à eau et à vent se multiplient et deviennent un enjeu seigneurial. En France, les pierres meulières de La Ferté-sous-Jouarre gagnent une réputation internationale et s'exportent jusqu'en Amérique. Au XVIIIe siècle, la « mouture économique » introduit des remoutures successives et un meilleur blutage.
Au XIXe siècle, les moulins à cylindres, mis au point notamment en Hongrie et en Suisse, transforment la meunerie. Ils permettent de produire des farines très blanches en grande quantité. Les farines de châtaigne, longtemps base de l'alimentation des régions de montagne, reculent, avant d'être redécouvertes à la fin du XXe siècle, avec les épeautres, le sarrasin et les farines sans gluten.
Idées reçues
« Le sarrasin est une céréale, une sorte de blé. » Le sarrasin, ou blé noir, n'est pas une céréale. C'est une plante de la famille de l'oseille et de la rhubarbe. On le classe parmi les pseudo-céréales, et il ne contient pas de gluten.
« L'épeautre ne contient pas de gluten. » Le grand épeautre et le petit épeautre sont des blés. Ils contiennent du gluten, même si celui-ci est souvent décrit comme moins tenace que celui du blé tendre.
« Une farine à la meule est forcément complète. » Une farine à la meule peut être plus ou moins blutée. Elle contient souvent plus de fragments de son qu'une farine à cylindres du même type, mais son taux d'extraction dépend du blutage choisi.
Questions fréquentes
Que signifie T65, T80 ou T110 ?
Ce chiffre indique le type de la farine, fondé sur sa teneur en minéraux après incinération. Plus il est élevé, plus la farine contient de parties d'enveloppe et plus elle est complète.
Pourquoi la farine de châtaigne a-t-elle un goût fumé ?
Dans les procédés traditionnels, les châtaignes sèchent sur une claie au-dessus d'un feu de bois pendant plusieurs semaines. La fumée leur laisse une note caractéristique, plus ou moins marquée selon le séchage.
Peut-on faire du pain avec de la farine de sarrasin ?
Seule, elle ne lève pas comme une farine de blé, car elle ne contient pas de gluten. On l'utilise plutôt pour les galettes, les crêpes, ou en mélange avec une farine panifiable.
La farine de lupin contient-elle un allergène ?
Oui. Le lupin fait partie des quatorze allergènes à déclarer obligatoirement dans l'Union européenne. Il est mis en évidence sur l'étiquette.
Comment conserver les farines ?
Dans un contenant fermé, au frais et au sec, à l'abri de la lumière. Les farines complètes, de lupin ou de châtaigne se gardent moins longtemps que les farines blanches.
Une farine de riz blanc est-elle faite à partir de riz cuit ?
Non. Elle est obtenue en moulant des grains de riz crus, décortiqués et blanchis. Certaines farines de riz sont moulues après trempage, d'autres à sec.
Pour aller plus loin
La mouture suit souvent le décorticage, le tri et le nettoyage et le séchage. Pour aller plus loin : broyage et micronisation, torréfaction et fabrication des pâtes artisanales.
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Autres procédés de transformation
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Sources
- Feillet P., Le grain de blé, composition et utilisation, Éditions Quæ (INRA), 2000.
- Posner E. S., Hibbs A. N., Wheat Flour Milling, 2e édition, AACC International, 2005.
- Codex Alimentarius, norme CXS 152-1985 pour la farine de blé.
- Règlement (UE) n° 1169/2011, annexe II (substances provoquant des allergies ou intolérances).
- Règlement d'exécution (UE) n° 828/2014 relatif aux exigences applicables à l'information des consommateurs sur l'absence ou la présence réduite de gluten.
- Règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires.
- Cahiers des charges de l'IGP « Petit épeautre de Haute-Provence », de l'IGP « Farine de blé noir de Bretagne » et de l'AOP « Farine de châtaigne corse – Farina castagnina corsa », Institut national de l'origine et de la qualité (INAO).
Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.