Les liposomes sont de minuscules vésicules dont la paroi est formée de phospholipides, des molécules grasses tirées en général de la lécithine végétale. Le procédé consiste à enfermer une substance, par exemple la vitamine C, dans ces vésicules dispersées dans l'eau.
Cette fiche rassemble le principe physique, les étapes de fabrication, les mesures de qualité, les formes voisines, l'étiquetage et l'histoire des liposomes.
Un liposome est une toute petite bulle dont la paroi est faite de phospholipides. Ces molécules ont deux parties. Une tête qui aime l'eau, et deux queues grasses qui la fuient. Dans l'eau, elles s'organisent spontanément en une double couche : les queues se tournent l'une vers l'autre, les têtes restent en contact avec l'eau.
Cette double couche se referme sur elle-même pour ne plus exposer de bord. Elle forme une sphère creuse qui enferme un peu d'eau. C'est le même type de structure que la membrane de nos cellules, d'où l'intérêt qu'on lui porte depuis longtemps.
Une substance soluble dans l'eau, comme la vitamine C, peut être piégée dans le cœur aqueux du liposome. Une substance grasse peut se loger dans la paroi. Le procédé sert donc à disperser, protéger et présenter une substance sous une forme particulière.
Formés sans effort, les liposomes sont gros et comportent plusieurs couches emboîtées, comme un oignon. Pour obtenir des vésicules plus petites et plus régulières, il faut apporter de l'énergie : forte pression, ultrasons ou passage à travers des membranes calibrées.
Les phospholipides alimentaires proviennent le plus souvent de la lécithine. Selon les formules, cette lécithine est en général tirée du tournesol ou du soja. Sa fabrication est décrite dans la fiche fabrication de la lécithine. Seule l'étiquette d'un produit précis indique la source réellement utilisée.
Les étapes, du végétal au produit
1. Préparation des phospholipides
La lécithine brute est un mélange de phospholipides, d'huile et d'autres composés. Pour les liposomes, on utilise souvent une fraction enrichie en phosphatidylcholine, obtenue par désuilage et fractionnement à l'éthanol. Plus la fraction est pure, plus les vésicules sont régulières. On contrôle sa composition, son indice de peroxyde et sa couleur.
2. Dispersion dans l'eau
Les phospholipides sont dispersés dans une phase aqueuse qui contient déjà la substance à encapsuler, par exemple de la vitamine C, souvent sous forme d'ascorbate de sodium pour limiter l'acidité. On agite fortement. Dans la méthode de laboratoire dite « du film », on dissout d'abord les lipides dans un solvant, on l'évapore pour former un film, puis on réhydrate ce film. En production alimentaire, on préfère souvent des méthodes sans solvant ou à l'éthanol, retiré ensuite.
3. Réduction de taille
La dispersion grossière passe dans un homogénéisateur haute pression. Le liquide est forcé à travers un orifice très étroit, sous des pressions de plusieurs centaines à plus de mille bars. Les vésicules se brisent et se referment plus petites. On répète l'opération plusieurs fois.
D'autres techniques existent : la microfluidisation, où deux jets se percutent dans une chambre, l'extrusion à travers des membranes aux pores calibrés, ou les ultrasons. La température est maîtrisée, car les phospholipides doivent être au-dessus de leur température de transition pour se réorganiser, sans chauffer inutilement la substance.
4. Stabilisation
La dispersion est fragile. Pour une forme liquide, on ajuste souvent le pH et on ajoute un conservateur, car le milieu est riche en eau. On peut aussi travailler sous azote pour limiter l'oxydation des phospholipides.
5. Séchage, en option
Les liposomes peuvent être séchés pour une forme en poudre, destinée aux gélules. On utilise l'atomisation ou la lyophilisation, souvent avec un sucre ou une maltodextrine qui protège les vésicules pendant la perte d'eau. Une partie des vésicules peut toutefois se rompre à cette étape.
6. Conditionnement
La forme liquide est mise en flacon, souvent opaque, parfois en dosettes. La forme sèche est mise en gélules. Le lot reçoit son numéro et sa date de durabilité minimale.
Paramètres et contrôles qualité
Un liposome se juge d'abord à sa taille et à sa régularité. Ces mesures demandent un équipement de laboratoire spécialisé.
Mesure
Méthode usuelle
Ce qu'elle indique
Taille moyenne
Diffusion dynamique de la lumière
Diamètre des vésicules, en nanomètres
Indice de polydispersité
Diffusion dynamique de la lumière
Régularité des tailles : plus il est bas, plus la population est homogène
Potentiel zêta
Mobilité électrophorétique
Charge de surface, qui aide les vésicules à ne pas s'agglomérer
Taux d'encapsulation
Séparation des vésicules puis dosage
Part de la substance réellement piégée
Structure
Microscopie électronique
Forme, nombre de couches
Oxydation
Indice de peroxyde, dosage de produits secondaires
Fraîcheur des phospholipides
Microbiologie
Dénombrements
Maîtrise d'un milieu aqueux favorable aux germes
Plusieurs choses peuvent rater. Les vésicules peuvent fusionner et grossir avec le temps. La substance peut fuir hors des liposomes. Les phospholipides insaturés peuvent s'oxyder et donner un goût rance. La vitamine C elle-même se dégrade en présence d'oxygène, de lumière et de traces de métaux.
Le taux d'encapsulation n'atteint pas toujours 100 %. Pour une substance soluble dans l'eau, une part notable reste souvent hors des vésicules. Ce chiffre dépend du procédé et n'est pas toujours communiqué. Le plan HACCP, exigé par le règlement (CE) 852/2004, porte notamment sur la microbiologie des phases aqueuses et la propreté des homogénéisateurs.
Ce que le procédé change pour le produit
L'aspect change d'abord. Une dispersion de liposomes est laiteuse ou opalescente, du blanc cassé au jaune pâle. Plus les vésicules sont petites, plus le liquide devient translucide.
La texture devient légèrement onctueuse, parfois gélifiée. Le goût tient à la fois de la substance et des phospholipides, qui apportent une note grasse et un peu végétale. La vitamine C, très acide seule, paraît souvent plus douce sous cette forme, d'autant qu'on emploie souvent un sel comme l'ascorbate de sodium. Un arôme est fréquemment ajouté.
La conservation demande plus d'attention qu'une poudre. Un liquide aqueux est sensible aux micro-organismes, à la chaleur et à l'air. Une fois ouvert, un flacon se garde en général au réfrigérateur, selon l'étiquette.
La forme d'usage est différente : cuillère, dosette ou gélule, au lieu d'un comprimé classique. Au-delà de ces différences physiques, les effets attribués à cette forme sont encadrés par la réglementation sur les allégations, et cette fiche n'en fait aucun.
Variantes et procédés voisins
L'encapsulation lipidique connaît plusieurs formes, et d'autres procédés servent à présenter une vitamine.
En amont, la vitamine C utilisée dans les compléments est le plus souvent produite par fermentation et synthèse à partir du glucose, lui-même issu de l'hydrolyse de l'amidon. Le tournesol et le soja fournissent la lécithine par le raffinage de leur huile.
Étiquette et réglementation
Une vitamine C liposomale vendue pour compléter l'alimentation est un complément alimentaire. Elle relève de la directive 2002/46/CE et du décret 2006-352. Seules les formes chimiques de vitamine C listées à l'annexe II de la directive peuvent être employées, par exemple l'acide L-ascorbique ou l'ascorbate de sodium. L'étiquette indique la quantité de vitamine C par portion et son pourcentage des valeurs nutritionnelles de référence.
Les mentions obligatoires sont celles de tout complément : dénomination, portion journalière recommandée, avertissement de ne pas la dépasser, mention de tenir hors de portée des jeunes enfants et rappel qu'un complément ne remplace pas une alimentation variée.
La lécithine figure dans la liste des ingrédients, sous son nom ou sous le numéro E322 si elle est employée comme additif. Sa source végétale peut être précisée. Si elle provient du soja, celui-ci est un allergène de l'annexe II du règlement (UE) 1169/2011 et doit être mis en évidence. Le tournesol ne figure pas dans cette liste.
Deux questions réglementaires se posent pour ces formes. La première est le statut de nouvel aliment au sens du règlement (UE) 2015/2283 : il s'apprécie au cas par cas, selon que la forme a ou non été consommée de façon significative dans l'Union avant mai 1997. La seconde est la notion de nanomatériau manufacturé. Si un ingrédient y répond, le mot « nano » entre crochets doit suivre son nom dans la liste des ingrédients. L'application de cette définition aux liposomes fait l'objet de discussions techniques.
Enfin, toute affirmation sur une meilleure absorption ou un effet particulier relève du règlement (CE) 1924/2006 sur les allégations. Seules les allégations autorisées et inscrites au registre de l'Union peuvent être utilisées.
Un peu d'histoire
Les liposomes ont été décrits au début des années 1960 par le biophysicien britannique Alec Bangham. En observant au microscope électronique des phospholipides dispersés dans l'eau, il remarque qu'ils forment spontanément des vésicules fermées. Ses travaux sont publiés en 1964 et 1965.
Le mot « liposome » s'impose à la fin des années 1960. Les chercheurs y voient un modèle simple de membrane cellulaire, puis un moyen de transporter des substances.
Les premières applications industrielles concernent la pharmacie et la cosmétique. Les premiers produits cosmétiques à liposomes arrivent sur le marché à la fin des années 1980, et des médicaments suivent dans les années 1990.
Dans l'alimentation et les compléments, les liposomes se développent surtout à partir des années 2000 et 2010, avec les progrès de l'homogénéisation haute pression et la disponibilité de phospholipides alimentaires purifiés.
Idées reçues
« Liposomal veut dire que toute la vitamine est encapsulée. » Pas forcément. Le taux d'encapsulation dépend du procédé, et une part de la substance reste souvent libre dans le liquide.
« Un liposome se fait simplement en mélangeant lécithine et vitamine. » Un mélange donne bien des vésicules, mais grosses et irrégulières. Des liposomes petits et homogènes demandent un procédé contrôlé et des mesures de laboratoire.
« La lécithine vient toujours du soja. » Non. Le tournesol est une source courante. L'étiquette indique la source réelle.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un phospholipide ?
Une molécule grasse qui possède une tête attirée par l'eau et deux queues qui la fuient. C'est le composant principal de la lécithine.
Pourquoi le liquide est-il laiteux ?
Les vésicules dispersent la lumière. Plus elles sont grosses, plus le liquide est opaque.
D'où vient la lécithine des liposomes ?
Le plus souvent du tournesol ou du soja, selon les formules. La liste des ingrédients d'un produit précis indique sa source.
Faut-il garder un produit liposomal au frais ?
Souvent après ouverture, pour les formes liquides. Suivez les conditions de conservation de l'étiquette.
Un liposome est-il un nanomatériau ?
La question se pose selon la taille et le procédé. La définition réglementaire s'applique au cas par cas, et l'étiquette doit porter la mention « nano » si l'ingrédient y répond.
Existe-t-il des liposomes en poudre ?
Oui. On les obtient par atomisation ou lyophilisation, souvent avec un sucre protecteur, puis on les met en gélules.
Pourquoi ajoute-t-on un conservateur ?
Parce qu'une forme liquide contient beaucoup d'eau, un milieu favorable aux micro-organismes.
Bangham A. D., Horne R. W., « Negative staining of phospholipids and their structural modification by surface-active agents as observed in the electron microscope », Journal of Molecular Biology, 1964.
Directive 2002/46/CE relative aux compléments alimentaires, annexe II (formes de vitamines et minéraux), et décret n° 2006-352.
Règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments.
Règlement (UE) n° 1169/2011, article 18 (nanomatériaux manufacturés) et annexe II (allergènes).
Règlement (CE) n° 1924/2006 relatif aux allégations portant sur les denrées alimentaires, et registre de l'Union des allégations autorisées.
EFSA Scientific Committee, Guidance on risk assessment of nanomaterials to be applied in the food and feed chain: human and animal health, EFSA Journal, 2021.
Mozafari M. R. et al., « Nanoliposomes and their applications in food nanotechnology », Journal of Liposome Research, 2008.
Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.