Fabrication du chocolat (broyage, conchage, tempérage, moulage)

La fabrication du chocolat transforme des fèves de cacao fermentées et torréfiées en tablettes lisses, brillantes et fondantes. Elle enchaîne le broyage, l'affinage, le conchage, le tempérage et le moulage, chacun ayant un rôle précis sur le goût et la texture.

Cette fiche rassemble la physique du chocolat, les étapes de fabrication, les défauts à éviter, les variantes, les règles d'étiquetage et l'histoire de la tablette.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreFabrication du chocolat
Famille de procédéTransformation mécanique et thermique d'une graine fermentée et torréfiée
Principe physiqueRéduction de taille des particules, dispersion dans le beurre de cacao, évaporation d'arômes indésirables, cristallisation contrôlée d'une matière grasse
Matières premières concernéesFèves de cacao, beurre de cacao, sucre ou substituts, lait en poudre, lécithine, vanille, inclusions (fruits, gingembre…)
Étape de la chaîneAprès la fermentation, le séchage et la torréfaction des fèves
Paramètres clésFinesse des particules, durée et température du conchage, courbe de tempérage, température du moule et du tunnel de refroidissement
Ce qui est obtenuDes tablettes et bonbons au chocolat, brillants, cassants et fondants
Co-produitsCoques de fèves, chocolat de refonte réutilisé en production
Textes de référenceDirective 2000/36/CE et décret n° 2003-702 (produits de cacao et de chocolat), règlement (UE) 1169/2011, règlement (CE) 1924/2006, règlement (CE) 1333/2008, règlement (UE) 2023/915, règlement (UE) 2018/848

Le principe

Le chocolat est une suspension. Des particules solides très fines, de cacao, de sucre et parfois de lait, sont dispersées dans une matière grasse, le beurre de cacao. Toute la fabrication vise deux objectifs : rendre ces particules assez fines pour que la langue ne les sente pas, et faire cristalliser le beurre de cacao sous la bonne forme.

La finesse d'abord. La langue perçoit des grains à partir d'environ 30 micromètres. Un chocolat de qualité est affiné en général entre 15 et 25 micromètres. Plus fin, il devient plus visqueux et peut paraître pâteux.

La cristallisation ensuite. Le beurre de cacao peut cristalliser sous six formes différentes, numérotées de I à VI. Chacune fond à une température différente. Seule la forme V donne un chocolat brillant, qui casse net et fond en bouche, vers 33 à 34 °C. Le tempérage sert à obtenir cette forme et pas une autre.

Entre les deux, le conchage travaille le goût et la texture. Le brassage prolongé chasse de l'humidité et des composés volatils acides, et enrobe chaque particule de matière grasse.

Les étapes, du végétal au produit

1. Des fèves aux éclats

Les fèves arrivent fermentées et séchées. Ces étapes, décisives pour l'arôme, sont décrites dans la fiche fermentation du cacao. Elles sont nettoyées puis torréfiées, souvent entre 110 et 150 °C selon les fèves et le goût recherché. Voir la fiche torréfaction. On les concasse ensuite, et un courant d'air sépare les coques légères des éclats de fève, appelés grué.

2. Broyage en masse de cacao

Le grué contient environ 50 à 55 % de beurre de cacao. Broyé, il fond sous l'effet de la chaleur de friction et forme une pâte liquide : la masse, ou liqueur, de cacao. Une partie de cette masse peut être pressée pour séparer le beurre de cacao et le tourteau, d'où la poudre de cacao. Voir la fiche pressage du cacao.

3. Mélange

On mélange la masse de cacao, du beurre de cacao supplémentaire, le sucre ou son substitut et, pour un chocolat au lait, du lait en poudre. Un chocolat sans sucres ajoutés remplace le sucre par d'autres ingrédients, par exemple des polyols comme l'érythritol ou le maltitol, des fibres ou un édulcorant. Ces ingrédients n'ont pas le même comportement que le sucre, ce qui oblige à revoir la recette et les réglages.

4. Affinage

La pâte passe dans une broyeuse à cylindres, souvent à cinq cylindres superposés. Chaque passage entre deux cylindres réduit la taille des particules. On obtient une poudre fine et grasse, qui a l'aspect de flocons. Les petites chocolateries utilisent parfois des broyeurs à billes ou des mélangeurs à meules qui combinent affinage et conchage.

5. Conchage

La conche est une cuve où des pales brassent la masse pendant plusieurs heures. On distingue souvent une phase sèche, où les flocons se réchauffent et perdent humidité et acides volatils, puis une phase liquide, après ajout du reste de beurre de cacao et de lécithine. La durée va de quelques heures à plus d'une journée. La température dépend du chocolat : elle reste plus basse pour un chocolat au lait, pour éviter un goût de cuit trop marqué.

6. Tempérage

Le chocolat est d'abord entièrement fondu, vers 45 à 50 °C, pour effacer tous les cristaux. On le refroidit ensuite, vers 27 à 28 °C pour un chocolat noir, en le brassant, pour faire naître des cristaux. On le réchauffe enfin légèrement, vers 31 à 32 °C, pour faire fondre les formes instables et ne garder que la forme V. Pour un chocolat au lait, ces températures sont un peu plus basses, car la matière grasse du lait modifie la cristallisation. Des tempéreuses continues font ce travail en industrie.

7. Moulage, inclusions et refroidissement

Le chocolat tempéré est dosé dans des moules à température proche. Les inclusions, comme des morceaux de fruits séchés ou de gingembre, sont ajoutées dans la masse ou parsemées dans le moule. Les moules sont vibrés pour chasser les bulles, puis passent dans un tunnel de refroidissement, souvent entre 10 et 15 °C. Le chocolat se contracte légèrement en cristallisant, ce qui facilite le démoulage. Les fruits déshydratés sont présentés dans la fiche séchage des fruits.

8. Démoulage et emballage

Les tablettes sont démoulées, contrôlées puis emballées, souvent dans une feuille d'aluminium ou un film et un étui. Le lot reçoit son numéro et sa date de durabilité minimale.

Paramètres et contrôles qualité

ParamètreMesureCe qui peut rater
FinesseMicromètre ou granulomètre laserTexture sableuse si trop grossière
ViscositéRhéomètreMoulage difficile, bulles, tablettes irrégulières
TempérageTempéramètre (courbe de refroidissement)Chocolat terne, mou, qui blanchit
HumiditéDessiccationMasse épaisse, grumeaux
Corps étrangersDétecteur de métaux, tamisageFragments de coques ou de métal
MicrobiologieRecherche de salmonelles notammentContamination du lait en poudre ou des fèves
ContaminantsCadmium, mycotoxines, hydrocarburesDépassement des teneurs maximales

Le défaut le plus visible est le blanchiment. Le blanchiment gras donne un voile grisâtre : des cristaux de beurre de cacao instables migrent en surface et se transforment. Il vient d'un tempérage raté ou de variations de température pendant le stockage. Le blanchiment sucrier donne un aspect poussiéreux et rugueux : l'humidité dissout le sucre en surface, puis il recristallise en séchant. Aucun des deux n'est dangereux, mais ils altèrent l'aspect et la texture.

Le cadmium, un métal que certains sols transmettent aux fèves, fait l'objet de teneurs maximales pour le chocolat, qui varient selon la teneur en cacao. Elles figurent aujourd'hui dans le règlement (UE) 2023/915. Le plan HACCP, exigé par le règlement (CE) 852/2004, porte notamment sur les salmonelles, car le chocolat, très pauvre en eau, peut les conserver longtemps. La torréfaction est l'étape qui les détruit. La traçabilité relie chaque tablette à ses lots de fèves, de lait et d'inclusions.

Ce que le procédé change pour le produit

Chaque étape façonne le goût. La fermentation et la torréfaction créent les arômes de cacao. Le conchage adoucit l'acidité et arrondit l'amertume. Un conchage court garde des notes plus vives, un conchage long donne un goût plus fondu.

La texture vient de l'affinage et du beurre de cacao. Un chocolat bien affiné paraît soyeux. La quantité de beurre de cacao joue sur la fluidité et la sensation de fonte.

L'aspect vient du tempérage. Un chocolat bien tempéré est brillant, casse net avec un bruit sec, et ne fond pas au simple contact des doigts. Un chocolat mal tempéré est terne et mou.

Dans un chocolat sans sucres ajoutés, les substituts du sucre changent la sensation en bouche. Certains polyols donnent une impression de fraîcheur en fondant. Leur pouvoir sucrant diffère de celui du sucre. La couleur et le craquant peuvent aussi varier légèrement.

Les inclusions apportent contraste et couleur : l'acidité d'une myrtille ou d'une cranberry, le piquant du gingembre. Elles doivent être assez sèches pour ne pas humidifier le chocolat, faute de quoi le blanchiment sucrier guette.

La conservation est longue si le chocolat reste au sec, à l'abri de la lumière et à température stable, idéalement entre 15 et 18 °C. Le réfrigérateur n'est pas conseillé, car la condensation à la sortie favorise le blanchiment.

Variantes et procédés voisins

ProduitIngrédients de baseParticularité de fabrication
Chocolat noirMasse de cacao, beurre de cacao, sucreConchage souvent plus chaud, tempérage vers 31 à 32 °C
Chocolat au laitIdem, plus lait en poudreTempératures plus basses, goût lacté
Chocolat sans sucres ajoutésSucre remplacé par polyols, fibres ou édulcorantsRecette et réglages adaptés
Chocolat « de la fève à la tablette »Fèves d'une même originePetites séries, conchage souvent sur mélangeur à meules
Chocolat cruFèves peu ou pas torréfiéesTempératures limitées, goût plus acide
Pâte à tartinerNoisettes, cacao, sucre ou substitutPas de tempérage, reste molle

La filière du cacao est décrite étape par étape dans les fiches fermentation du cacao, torréfaction et pressage du cacao. La vanille, souvent ajoutée, fait l'objet de la fiche préparation de la vanille. La lécithine est présentée dans la fiche fabrication de la lécithine.

Étiquette et réglementation

Le mot « chocolat » est réservé. La directive 2000/36/CE, transposée en France par le décret n° 2003-702, fixe des teneurs minimales. Un chocolat doit contenir au moins 35 % de matière sèche totale de cacao, dont au moins 18 % de beurre de cacao et au moins 14 % de cacao sec dégraissé. Un chocolat au lait doit contenir au moins 25 % de matière sèche totale de cacao et au moins 14 % de matière sèche lactique, entre autres critères.

La mention « cacao : … % minimum » est obligatoire pour le chocolat. D'autres matières grasses végétales que le beurre de cacao sont admises jusqu'à 5 %, avec une mention spécifique bien visible. Pour un chocolat avec inclusions, les teneurs se calculent sur la partie chocolat.

La mention « sans sucres ajoutés » est encadrée par le règlement (CE) 1924/2006. Elle n'est permise que si le produit ne contient aucun mono- ou disaccharide ajouté, ni aucune autre denrée utilisée pour ses propriétés édulcorantes. Si des sucres sont naturellement présents, par exemple ceux du lait, l'étiquette doit l'indiquer. Si le produit contient un édulcorant, la dénomination est accompagnée de la mention « avec édulcorant(s) ». Au-delà de 10 % de polyols ajoutés, un avertissement prévu par le règlement (UE) 1169/2011 s'impose.

Le lait et le soja sont des allergènes à mettre en évidence dans la liste des ingrédients. Les traces possibles de fruits à coque, fréquentes dans les ateliers, font souvent l'objet d'un étiquetage de précaution. Le logo bio européen suppose que les ingrédients agricoles, dont le cacao et le sucre, sont conformes au règlement (UE) 2018/848.

Un peu d'histoire

Le cacao est consommé en Méso-Amérique depuis des millénaires, surtout sous forme de boisson amère et épicée. Les Espagnols l'introduisent en Europe au XVIe siècle, où il devient une boisson sucrée à la mode dans les cours.

Le chocolat à croquer naît de la révolution industrielle. En 1828, un chimiste néerlandais brevète une presse qui sépare le beurre de cacao de la poudre. En 1847, une chocolaterie de Bristol mêle beurre de cacao, poudre et sucre pour mouler une tablette solide.

En 1875, à Vevey, en Suisse, un chocolatier met au point le chocolat au lait en utilisant du lait condensé. En 1879, un confiseur bernois invente la conche. Son chocolat fondant transforme le marché.

Au XXe siècle, la science du tempérage et de la cristallisation du beurre de cacao progresse. Les formes cristallines sont décrites en détail dans les années 1960. Les chocolats sans sucres ajoutés se développent à partir de la fin du siècle, avec l'autorisation de nouveaux polyols et édulcorants.

Idées reçues

« Un chocolat blanchi est périmé. » Non. Le blanchiment est un défaut d'aspect, lié au tempérage ou au stockage. Le chocolat reste consommable, même si sa texture change.

« Plus le pourcentage de cacao est élevé, meilleur est le chocolat. » Le pourcentage dit la part de cacao, pas la qualité. Les fèves, la fermentation, la torréfaction et le conchage comptent autant.

« Sans sucres ajoutés veut dire sans sucres. » Pas forcément. Un chocolat au lait contient du lactose, un sucre naturellement présent dans le lait.

Questions fréquentes

À quoi sert le tempérage ?

À faire cristalliser le beurre de cacao sous sa forme stable. Le chocolat devient brillant, cassant et fondant.

Qu'est-ce que le conchage ?

Un brassage prolongé et chauffé qui chasse l'humidité et des arômes acides, et donne au chocolat sa texture lisse.

Pourquoi mon chocolat a-t-il des traces blanches ?

C'est le blanchiment, dû à la chaleur ou à l'humidité. Le chocolat reste consommable. Gardez-le au sec et à température stable.

Comment un chocolat peut-il être sans sucres ajoutés ?

Le sucre est remplacé par d'autres ingrédients, souvent des polyols, des fibres ou un édulcorant. La liste des ingrédients les indique.

Que veut dire « cacao 70 % minimum » ?

Que la part totale des ingrédients issus du cacao, masse, beurre et poudre, représente au moins 70 % du chocolat.

Pourquoi ajoute-t-on de la lécithine ?

C'est un émulsifiant. Il rend le chocolat plus fluide pendant la fabrication, ce qui permet d'utiliser moins de beurre de cacao.

Comment conserver une tablette ?

Au sec, à l'abri de la lumière et des odeurs, idéalement entre 15 et 18 °C. Évitez le réfrigérateur.

Pour aller plus loin

Filière du cacao et ingrédients : fermentation du cacao · torréfaction · pressage du cacao · préparation de la vanille · fabrication de l'érythritol · fabrication du xylitol · séchage des fruits · pâtes à tartiner. Arômes : arôme vanille.

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Sources

  • Directive 2000/36/CE du 23 juin 2000 relative aux produits de cacao et de chocolat destinés à l'alimentation humaine, et décret n° 2003-702 du 29 juillet 2003.
  • Règlement (CE) n° 1924/2006, annexe (conditions de la mention « sans sucres ajoutés »).
  • Règlement (UE) n° 1169/2011, annexes II (allergènes) et III (édulcorants, polyols).
  • Règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants (cadmium dans le chocolat).
  • Beckett S. T. (dir.), Industrial Chocolate Manufacture and Use, Wiley-Blackwell.
  • Wille R. L., Lutton E. S., « Polymorphism of cocoa butter », Journal of the American Oil Chemists' Society, 1966.
  • Coe S. D., Coe M. D., The True History of Chocolate, Thames & Hudson.

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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