Séchage des fruits

Sécher un fruit, c'est lui retirer assez d'eau pour que son sucre le conserve. Certains fruits sont d'abord infusés dans un sirop, d'autres sont réhydratés après séchage pour devenir moelleux. Ces variantes donnent des textures et des goûts très différents.

Cette fiche explique le principe du séchage des fruits, ses étapes et ses variantes, les contrôles de qualité, les règles d'étiquetage, dont les sulfites, et un peu d'histoire.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreSéchage des fruits
Famille de procédéDéshydratation, parfois précédée d'une infusion dans un sirop et suivie d'une réhydratation
PrincipeRetirer assez d'eau pour que le sucre du fruit, concentré, bloque le développement des micro-organismes
Matières premièresBaies (goji, physalis, myrtille, canneberge), fruits à noyau (abricot, prune)
Étape de la chaîneAprès la récolte, le tri et d'éventuels prétraitements, avant le calibrage et le conditionnement
Paramètres clésTempérature de l'air (souvent 50 à 80 °C en séchoir), durée, humidité finale, activité de l'eau, prétraitements
Ce qui est obtenuDes fruits secs de 10 à 25 % d'eau environ, ou des fruits moelleux autour de 25 à 35 %
Co-produitsNoyaux, fruits écartés, sirop d'infusion réutilisé ou valorisé
Textes de référenceRèglement (CE) 1333/2008, règlement (UE) 1169/2011, règlement (UE) 2018/848, normes Codex et CEE-ONU pour les fruits secs

Le principe

Un fruit frais contient environ 80 à 90 % d'eau et du sucre dissous. En le séchant, on fait partir l'eau, mais le sucre reste. Sa concentration monte, et l'eau restante devient de moins en moins disponible pour les micro-organismes. C'est ce qu'on appelle l'activité de l'eau. Un fruit sec, même encore assez humide au toucher, peut ainsi se conserver des mois.

La peau des fruits est une barrière. Elle protège le fruit dans la nature, mais freine la sortie de l'eau. Pour les petites baies à peau cireuse, comme la canneberge, la myrtille ou la baie de goji, on la fragilise souvent avant le séchage : piqûres, entailles, trempage dans une solution qui dissout la cire, ou passage dans l'eau chaude. Les gros fruits, comme l'abricot, sont souvent ouverts et dénoyautés.

Pendant le séchage, deux réactions de brunissement se produisent. La première est enzymatique : à l'air, une enzyme du fruit oxyde certains composés et le fruit fonce, comme une pomme coupée. La seconde est la réaction de Maillard, entre sucres et protéines, favorisée par la chaleur. Elle donne les notes cuites et la couleur brune du pruneau. Selon le produit recherché, on freine ou on accepte ces réactions.

Deux variantes modifient le schéma de base. Pour les fruits très acides, comme la canneberge, on infuse d'abord le fruit dans un sirop de sucre ou de jus de fruit, puis on le sèche : le fruit s'imprègne de sucre en perdant une partie de son jus. Pour les fruits vendus « moelleux », on sèche d'abord à fond, puis on réhydrate à la vapeur ou dans l'eau chaude jusqu'à la texture souhaitée.

Les étapes, du végétal au produit

1. Récolte et tri

Les fruits sont cueillis mûrs, pour avoir assez de sucre et de goût. Ils sont triés pour écarter les fruits abîmés, moisis ou trop verts, puis lavés. Pour les pruneaux, les prunes sont souvent récoltées par secouage de l'arbre, quand elles sont très mûres.

2. Prétraitements

Les abricots sont ouverts et dénoyautés, ou le noyau est poussé hors du fruit. Pour garder leur couleur orange, beaucoup d'abricots secs conventionnels sont exposés au dioxyde de soufre, qui bloque le brunissement. Les abricots bio ne sont pas soufrés et prennent une teinte brune. Les baies à peau cireuse sont piquées, entaillées ou trempées pour faciliter la sortie de l'eau. Les prunes sont souvent séchées entières, avec leur noyau.

3. Infusion dans un sirop, pour certains fruits

Les canneberges, très acides, sont presque toujours infusées avant séchage, dans un sirop de sucre ou dans un jus concentré de fruit. L'infusion dure de plusieurs heures à une journée, souvent à chaud. Le fruit échange une partie de son jus contre du sucre. Les myrtilles séchées sont aussi souvent infusées. Le sirop est filtré et réutilisé. Cette étape s'appelle parfois déshydratation osmotique.

4. Séchage

Le séchage au soleil reste courant pour les abricots, sur des claies, pendant plusieurs jours. Les baies de goji sont séchées au soleil ou en séchoir. Les pruneaux sont séchés en tunnels à air chaud, souvent entre 70 et 80 °C, pendant environ une journée. Les baies infusées passent en séchoir à des températures plus modérées, pour éviter qu'elles ne caramélisent. Les fruits sont remués ou les claies permutées pour un séchage régulier.

5. Refroidissement, calibrage et tri

Les fruits refroidis sont calibrés et triés, à la main ou par caméra, pour retirer les fruits tachés, les pédoncules, les noyaux restés et les corps étrangers. Ils peuvent être stockés quelque temps en vrac, au sec et au frais.

6. Réhydratation des fruits moelleux

Pour obtenir des pruneaux ou des abricots moelleux, les fruits secs sont passés à la vapeur ou trempés dans l'eau chaude, jusqu'à retrouver une teneur en eau plus élevée, souvent autour de 25 à 35 %. Leur chair redevient tendre et brillante. Mais cette eau supplémentaire les rend plus fragiles. Ils doivent alors être stabilisés : pasteurisation dans l'emballage fermé, conditionnement sous atmosphère protectrice, ou conservateur autorisé en production conventionnelle.

7. Enrobage et conditionnement

Les fruits infusés, collants, reçoivent souvent un voile d'huile végétale pour ne pas s'agglomérer. Les fruits sont ensuite pesés et emballés, dans des sachets qui les protègent de l'air et de l'humidité.

Paramètres et contrôles qualité

Pour un fruit sec, le critère clé n'est pas seulement la teneur en eau, mais l'activité de l'eau. Grâce au sucre, un fruit sec peut contenir 20 % d'eau et rester stable. Un fruit moelleux, plus humide, se situe plus près de la limite où certaines levures et moisissures peuvent se développer. D'où les étapes de stabilisation.

ContrôlePourquoiRepère
Humidité et activité de l'eauConservation, textureMesure par lot, valeurs cibles par produit
CouleurBrunissement excessif, défaut de séchageComparaison à des échantillons de référence
Sulfites (fruits conventionnels)Respect des doses maximales et étiquetageDosage en laboratoire, règlement (CE) 1333/2008
Levures et moisissuresFermentation ou moisissure des fruits humidesDénombrements, suivi en stockage
MycotoxinesFruits moisis au champ ou au séchageTri, analyses selon le règlement (UE) 2023/915
Noyaux et fragmentsDanger physiqueTri optique, contrôle visuel, détection
InsectesFruits sucrés attirant les ravageursStockage fermé, frais, plan de lutte
PesticidesRespect des limites maximalesAnalyses, règlement (CE) 396/2005

Le Codex Alimentarius a adopté des normes pour plusieurs fruits secs, dont les abricots secs (CXS 130-1981), qui décrivent les défauts tolérés et les additifs admis. La CEE-ONU publie aussi des normes de commercialisation pour les abricots secs et les pruneaux. Le sucre concentré attire les insectes : les fruits secs se stockent à l'abri, et les lots sont surveillés.

Enfin, le fruit peut se cristalliser en surface. Des points blancs de sucre apparaissent sur les pruneaux ou les abricots conservés longtemps. Ce n'est pas une moisissure, mais il faut savoir les distinguer : le sucre est dur et croquant, la moisissure est duveteuse.

Ce que le procédé change pour le produit

Le séchage concentre le goût. Un abricot sec est plus sucré et plus acide en bouche qu'un abricot frais, simplement parce qu'il a perdu son eau. Les notes cuites, caramélisées, apparaissent avec la chaleur, surtout pour le pruneau.

La couleur varie selon le procédé. L'abricot soufré reste orange vif. L'abricot non soufré devient brun et prend un goût plus caramélisé. La baie de goji garde sa teinte rouge orangé. La myrtille séchée devient presque noire.

La texture passe du juteux au ferme, puis au moelleux si le fruit est réhydraté. Les baies de goji et les physalis séchés restent souples et un peu collants. Les cranberries infusées sont tendres et sucrées, alors qu'une canneberge séchée sans sucre serait très acide et dure.

L'infusion change aussi la composition : le fruit contient alors du sucre ajouté. Les fruits moelleux sont plus agréables à croquer et à cuisiner, mais se conservent moins longtemps une fois le sachet ouvert. Les fruits secs se mangent tels quels, se cuisinent dans les pâtisseries, les salades ou les plats mijotés, ou se réhydratent dans l'eau, le thé ou un jus.

Variantes et procédés voisins

Le séchage des fruits est proche du séchage des plantes, mais le sucre y joue un rôle central. La lyophilisation donne des fruits croquants et légers. L'atomisation sèche un jus en poudre. La macération dans l'alcool et la cuisson en confiture sont d'autres manières de conserver les fruits.

ProcédéEau finaleTextureConservationExemples
Séchage simpleEnviron 10 à 25 %Ferme, souple ou cassanteLongueBaies de goji, physalis, abricots secs
Infusion puis séchageEnviron 10 à 20 %Tendre, sucréeLongueCanneberges, myrtilles séchées
Séchage puis réhydratationEnviron 25 à 35 %MoelleusePlus courte, stabilisation nécessairePruneaux et abricots moelleux
LyophilisationQuelques pour centCroquante, aéréeLongue à l'abri de l'humiditéFraises, framboises
ConfisageVariableFondante, sucréeLongueFruits confits, écorces
Macération dans l'alcoolFruit gorgé de liquideTendreLongueFruits à l'eau-de-vie

Étiquette et réglementation

Le règlement (UE) 1169/2011 impose une liste des ingrédients quand le fruit n'est pas seul. Une cranberry infusée affiche ainsi le sucre ou le jus utilisé, et l'huile d'enrobage. La déclaration nutritionnelle indique les sucres, qu'ils viennent du fruit ou de l'infusion.

Les sulfites sont des additifs, E220 à E228, autorisés dans certains fruits secs par le règlement (CE) 1333/2008, avec des doses maximales. Au-delà de 10 mg/kg exprimés en SO2, ils doivent être mentionnés comme allergènes, car ils figurent à l'annexe II du règlement INCO. En production biologique, le règlement (UE) 2018/848 et ses règles d'application restreignent fortement les additifs : les fruits secs bio ne sont pas soufrés et ne contiennent pas de sorbate.

Le mot « moelleux » n'est pas défini par un texte européen. Il désigne l'usage d'une texture tendre, généralement obtenue par réhydratation. Les appellations d'origine ont leurs propres règles : le pruneau d'Agen bénéficie d'une indication géographique protégée, avec un cahier des charges qui encadre son séchage et sa teneur en eau.

Une allégation comme « sans sucres ajoutés » n'est pas possible pour un fruit infusé dans un sirop de sucre. Elle suppose qu'aucun sucre ni aucune denrée utilisée pour sucrer n'a été ajouté, y compris un jus concentré utilisé dans ce but, selon le règlement (CE) 1924/2006.

Un peu d'histoire

Les fruits secs comptent parmi les plus anciens aliments conservés. Dattes, figues et raisins étaient séchés au soleil en Mésopotamie et en Égypte il y a des milliers d'années. L'abricot, venu d'Asie centrale, a été séché très tôt sur les plateaux d'Anatolie, où la région de Malatya reste un grand centre de production.

En France, la prune d'Ente, à l'origine du pruneau d'Agen, aurait été introduite dans le Sud-Ouest au Moyen Âge, et les pruneaux ont longtemps été séchés dans des fours à pain. La baie de goji est cultivée depuis des siècles en Chine, notamment dans la région du Ningxia. Les peuples amérindiens séchaient déjà les canneberges et les mélangeaient à de la viande séchée. Les canneberges infusées au sucre puis séchées sont une création bien plus récente de l'industrie nord-américaine, à la fin du XXe siècle.

Au XXe siècle, les tunnels de séchage à air chaud ont remplacé les fours et régularisé la qualité. La réhydratation des pruneaux et des abricots s'est développée pour répondre au goût des consommateurs pour des fruits tendres.

Idées reçues

« Un abricot sec brun est un abricot abîmé. » Un abricot non soufré brunit naturellement en séchant. Sa couleur n'indique ni un défaut ni un fruit trop vieux.

« Les cranberries séchées ne sont que du fruit. » Elles sont presque toujours infusées dans un sirop ou un jus avant le séchage, sinon elles seraient trop acides. La liste des ingrédients l'indique.

« Un fruit moelleux est un fruit moins sec, donc moins transformé. » C'est souvent l'inverse : il a été séché, puis réhydraté, puis stabilisé. Il compte une étape de plus qu'un fruit sec classique.

Questions fréquentes

Comment conserver des fruits moelleux après ouverture ?

Refermez bien le sachet ou versez les fruits dans un bocal, et gardez-les au frais. Plus humides que les fruits secs classiques, ils se conservent moins longtemps une fois ouverts. Suivez l'indication de l'emballage.

Pourquoi mes fruits secs sont-ils collés entre eux ?

Le sucre concentré rend leur surface collante, surtout à la chaleur. Un voile d'huile végétale limite ce phénomène sur les fruits infusés. Séparez-les simplement à la main.

Des points blancs sont apparus sur mes pruneaux. Est-ce grave ?

Il s'agit souvent de sucre cristallisé, dur et granuleux. Une moisissure, elle, est duveteuse et sent le moisi. Dans le doute, jetez le produit.

Peut-on réhydrater des fruits secs à la maison ?

Oui. Faites-les tremper quelques heures dans de l'eau, du thé ou un jus, ou quelques minutes dans un liquide chaud. Utilisez-les ensuite rapidement ou gardez-les au réfrigérateur.

Les baies de goji séchées sont-elles sucrées ?

Elles ont un goût naturellement doux et légèrement acidulé, avec une petite amertume. Séchées sans infusion, elles ne contiennent que le sucre du fruit.

Pourquoi les abricots bio sont-ils plus foncés ?

Parce qu'ils ne sont pas traités au dioxyde de soufre. Sans lui, le fruit brunit en séchant par des réactions naturelles.

Quelle différence entre physalis frais et séché ?

Le physalis séché a perdu la plus grande partie de son eau. Il est plus sucré en bouche, plus acidulé aussi, et sa texture devient souple, avec de petites graines croquantes.

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Sources

  • Règlement (CE) n° 1333/2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 sur les additifs alimentaires, annexe II.
  • Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, annexe II.
  • Règlement (UE) 2018/848 relatif à la production biologique et règlement d'exécution (UE) 2021/1165 (produits et substances autorisés).
  • Codex Alimentarius, Norme pour les abricots secs (CXS 130-1981).
  • CEE-ONU, normes de commercialisation des abricots secs et des pruneaux.
  • Cahier des charges de l'indication géographique protégée « Pruneaux d'Agen », qui couvre aussi les pruneaux mi-cuits.
  • Règlement (CE) n° 1924/2006, annexe relative aux allégations nutritionnelles.

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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