Fabrication des pâtes à tartiner (torréfaction, broyage, affinage)

La fabrication d'une pâte à tartiner aux noisettes et au chocolat consiste à torréfier des noisettes, à les broyer en pâte, puis à les mélanger au cacao et aux autres ingrédients avant de les affiner. On obtient une pâte lisse et souple, qui se conserve à température ambiante.

Cette fiche rassemble le principe, les étapes, les contrôles, les variantes, l'étiquetage et l'histoire de ces pâtes nées dans le Piémont.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreFabrication des pâtes à tartiner
Famille de procédéTransformation thermique et mécanique de fruits à coque, puis mélange et affinage
Principe physiqueRéactions de brunissement à la torréfaction, libération de l'huile par broyage, dispersion de particules fines dans une phase grasse
Matières premières concernéesNoisettes, cacao en poudre ou masse de cacao, sucre ou substituts, lait en poudre, huile végétale, lécithine, vanille
Étape de la chaîneAprès la récolte, le séchage et le décorticage des noisettes
Paramètres clésProfil de torréfaction, finesse des particules, température de mélange et de remplissage, protection contre l'air
Ce qui est obtenuUne pâte lisse, onctueuse et tartinable, stable à température ambiante
Co-produitsPeaux de noisettes (pellicules), noisettes écartées au tri
Textes de référenceRèglement (UE) 1169/2011, règlement (UE) 2023/915 (aflatoxines), règlement (CE) 852/2004, règlement (CE) 1924/2006, règlement (CE) 1333/2008, directive 2000/36/CE, règlement (UE) 2018/848

Le principe

Une pâte à tartiner au chocolat et aux noisettes est, comme le chocolat, une suspension. De fines particules solides, de noisette, de cacao, de sucre et parfois de lait, flottent dans une phase grasse. La différence tient à cette phase grasse : elle est en grande partie liquide à température ambiante. La pâte reste donc souple au lieu de durcir.

La noisette apporte à la fois le goût et la matière grasse. Elle contient environ 60 % de lipides, surtout de l'acide oléique. Broyée finement, elle libère son huile et devient une purée coulante.

La torréfaction crée l'arôme. Sous l'effet de la chaleur, les sucres et les acides aminés de la noisette réagissent entre eux. Ce sont les réactions de Maillard, qui donnent des notes grillées, et une coloration brune.

L'affinage donne l'onctuosité. Comme pour le chocolat, les particules doivent être assez fines pour ne pas être perçues par la langue, en général sous 30 micromètres.

Enfin, la pâte contient très peu d'eau. Son activité de l'eau est basse, ce qui limite fortement le développement des micro-organismes et permet une conservation à température ambiante.

Les étapes, du végétal au produit

1. Tri et calibrage des noisettes

Les noisettes arrivent décortiquées. On les trie pour écarter les fruits moisis, rances, véreux ou ratatinés, souvent avec des trieuses optiques. Ce tri est important, car les moisissures peuvent produire des aflatoxines. Voir les fiches tri, nettoyage et lavage et décorticage.

2. Torréfaction

Les noisettes sont torréfiées dans des fours à air chaud, souvent entre 130 et 160 °C pendant 10 à 30 minutes selon le calibre et la couleur visée. Le taux d'humidité descend alors à quelques pour cent. Une torréfaction légère garde un goût doux et laiteux. Une torréfaction poussée donne des notes grillées plus marquées, au risque d'amertume. Voir la fiche torréfaction.

3. Refroidissement et dépelliculage

À la sortie du four, les noisettes sont refroidies rapidement pour arrêter la torréfaction. Leur fine peau brune, la pellicule, se détache alors facilement. Des rouleaux ou un frottement l'enlèvent, et un courant d'air l'aspire. Une pellicule restante apporte de l'amertume et des points sombres.

4. Broyage en pâte de noisette

Les noisettes torréfiées sont broyées, d'abord grossièrement, puis finement. La chaleur de friction et la finesse libèrent l'huile. On obtient une pâte de noisette fluide, parfois appelée purée de noisette.

5. Mélange

La pâte de noisette est mélangée au cacao, au sucre ou à ses substituts, au lait en poudre éventuel, à la lécithine et à la vanille. Une huile végétale peut être ajoutée pour ajuster la texture. Une pâte au chocolat noir contient en général plus de cacao et pas de lait. Le mélange se fait dans un malaxeur chauffé, souvent vers 40 à 50 °C.

6. Affinage

Le mélange passe dans un broyeur à billes, où des billes d'acier agitées écrasent les particules, ou dans une broyeuse à cylindres. On vise une finesse proche de celle du chocolat. Un léger conchage, c'est-à-dire un brassage prolongé, peut compléter l'affinage pour lisser la texture et arrondir le goût.

7. Désaération et remplissage

La pâte est désaérée sous vide, car l'air emprisonné favorise l'oxydation. Elle est ensuite versée dans des pots, souvent vers 35 à 45 °C, puis refroidie. Selon la recette, le refroidissement peut être contrôlé pour stabiliser la texture. Les pots sont fermés, étiquetés, et le lot reçoit sa date de durabilité minimale.

Paramètres et contrôles qualité

ParamètreMesureCe qui peut rater
Couleur de torréfactionColorimètre, dégustationGoût fade ou brûlé
FinesseMicromètre, granulomètrePâte sableuse
ViscositéRhéomètrePâte trop dure ou trop coulante
Activité de l'eauHygromètre de laboratoirePâte humide, risque microbien
OxydationIndice de peroxyde, dégustationGoût rance
AflatoxinesAnalyse par chromatographieDépassement des teneurs maximales
Corps étrangersTri optique, détecteur de métauxCoques, cailloux, métal
MicrobiologieSalmonelles notammentContamination des matières sèches

Les aflatoxines sont des toxines produites par certaines moisissures. Les fruits à coque y sont sensibles. Le règlement (UE) 2023/915, qui a remplacé le règlement (CE) 1881/2006, fixe des teneurs maximales pour les noisettes. Le tri, le stockage au sec et les analyses par lot sont les principaux moyens de maîtrise.

Le rancissement est l'autre grand ennemi. Les lipides de la noisette s'oxydent au contact de l'air, de la lumière et de la chaleur. Un emballage bien fermé et une pâte désaérée ralentissent ce phénomène.

Le déphasage est un défaut fréquent des pâtes sans huile de palme. L'huile de noisette, liquide, remonte à la surface pendant le stockage. Ce n'est pas un signe d'altération. Il suffit de remuer. Les recettes industrielles l'évitent souvent grâce à une graisse solide à température ambiante.

Le plan HACCP, exigé par le règlement (CE) 852/2004, porte notamment sur les salmonelles, qui survivent longtemps dans les aliments secs et gras, et sur les allergènes. La torréfaction est une étape clé de maîtrise microbiologique.

Ce que le procédé change pour le produit

La torréfaction transforme le goût de la noisette. Crue, elle est douce et un peu laiteuse. Torréfiée, elle devient grillée et plus aromatique. Sa couleur passe du crème au brun doré.

Le broyage change la texture du tout au tout. Une noisette croquante devient une pâte fluide. L'affinage rend cette pâte lisse et fondante.

Le cacao apporte l'amertume et la couleur. Une pâte au chocolat noir est plus sombre et moins sucrée en apparence qu'une pâte au lait.

La proportion de noisettes joue sur le goût et la texture. Une pâte riche en noisettes a un goût plus marqué et une texture plus coulante. Elle a aussi davantage tendance à se déphaser.

La conservation est longue grâce à la faible teneur en eau. Une pâte se garde à température ambiante. Au réfrigérateur, elle durcit et devient difficile à tartiner. Une fois ouvert, le pot doit être refermé pour limiter l'oxydation.

Variantes et procédés voisins

ProduitBaseDifférence de fabrication
Pâte à tartiner noisettes chocolat au laitNoisettes, cacao, lait, sucre ou substitutContient du lait en poudre, goût plus doux
Pâte à tartiner noisettes chocolat noirNoisettes, cacao, sucre ou substitutPlus de cacao, pas de lait
Purée de noisetteNoisettes seulesPas de mélange, texture plus coulante
GiandujaChocolat et pâte de noisetteSe fige comme un chocolat, peut être tempéré
ChocolatMasse et beurre de cacao, sucreTempérage, forme solide
PralinéNoisettes ou amandes et sucre caraméliséCaramélisation avant broyage

Les étapes en amont sont décrites dans les fiches tri, nettoyage et lavage, décorticage et torréfaction. Le cacao suit la filière décrite dans les fiches fermentation du cacao et pressage du cacao. La lécithine a sa propre fiche, fabrication de la lécithine.

Étiquette et réglementation

Contrairement au chocolat, la pâte à tartiner n'a pas de définition réglementaire propre au niveau européen. Elle suit les règles générales de l'étiquetage, fixées par le règlement (UE) 1169/2011. La dénomination doit décrire le produit de façon loyale. Le mot « chocolat » seul, réservé par la directive 2000/36/CE, ne peut pas désigner une pâte à tartiner.

Le règlement (UE) 1169/2011 impose de déclarer le pourcentage d'un ingrédient mis en avant dans la dénomination ou par une image. Une pâte qui met en avant les noisettes indique donc leur pourcentage, et souvent celui du cacao.

Les noisettes sont des fruits à coque, allergène de l'annexe II. Le lait et le soja, si la lécithine en provient, doivent aussi être mis en évidence dans la liste des ingrédients.

Si le produit se dit « sans sucres ajoutés », il doit respecter les conditions du règlement (CE) 1924/2006. Un édulcorant entraîne la mention « avec édulcorant(s) ». Au-delà de 10 % de polyols ajoutés, un avertissement prévu par le règlement (UE) 1169/2011 s'impose.

Le tableau nutritionnel est obligatoire. La mention « sans huile de palme » n'est pas définie par un texte spécifique, mais elle doit être exacte et ne pas induire en erreur. Pour un produit bio, les ingrédients agricoles, dont les noisettes et le cacao, doivent être conformes au règlement (UE) 2018/848.

Un peu d'histoire

L'association du chocolat et de la noisette vient du Piémont, en Italie. Au début du XIXe siècle, le blocus continental rend le cacao rare et cher en Europe. Les confiseurs de Turin, région riche en noisetiers, allongent alors leur chocolat avec de la pâte de noisette.

Le mélange prend le nom de gianduja, d'après un personnage de la commedia dell'arte piémontaise. Au milieu du XIXe siècle, des chocolatiers turinois en tirent de petits bonbons en forme de barque, qui deviennent une spécialité locale.

Après la Seconde Guerre mondiale, le cacao est de nouveau rationné. Un pâtissier piémontais met au point une pâte à base de noisettes, de sucre et d'un peu de cacao, vendue d'abord en pain à trancher, puis en version tartinable dans les années 1950 et 1960.

Les pâtes à tartiner se sont ensuite diversifiées : versions bio, sans huile de palme, riches en noisettes, au chocolat noir ou sans sucres ajoutés.

Idées reçues

« Une couche d'huile sur le dessus veut dire que la pâte est abîmée. » Non. C'est un déphasage naturel, surtout dans les pâtes riches en noisettes et sans graisse solide. Il suffit de remuer.

« Une pâte à tartiner, c'est du chocolat fondu. » Non. La base est la pâte de noisette. La recette et la fabrication diffèrent, et la pâte ne se tempère pas.

« Il faut la conserver au réfrigérateur. » En général non. Le froid la durcit. L'étiquette indique les conditions de conservation.

Questions fréquentes

Pourquoi torréfier les noisettes ?

Pour développer leur arôme grillé et leur couleur, abaisser leur humidité et faciliter le retrait de leur peau.

Pourquoi de l'huile remonte-t-elle à la surface ?

L'huile de noisette est liquide à température ambiante et se sépare lentement des particules. Remuez avant usage.

Comment la pâte peut-elle se conserver sans réfrigération ?

Elle contient très peu d'eau, ce qui limite le développement des micro-organismes. Il faut toutefois refermer le pot pour limiter le rancissement.

Que sont les petits points sombres ?

Souvent des fragments de pellicule de noisette ou de cacao. Ils sont sans conséquence.

Quelle différence entre chocolat noir et chocolat au lait dans une pâte ?

La version noire contient plus de cacao et pas de lait en poudre. Son goût est plus intense et moins lacté.

Pourquoi la pâte durcit-elle au froid ?

Les matières grasses se figent en partie. Laissez le pot revenir à température ambiante.

Qu'est-ce que le gianduja ?

Un mélange de chocolat et de pâte de noisette né à Turin, plus ferme qu'une pâte à tartiner.

Pour aller plus loin

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Sources

  • Règlement (UE) n° 1169/2011, article 22 et annexe VIII (indication quantitative des ingrédients), annexes II et III.
  • Règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants (aflatoxines dans les fruits à coque).
  • Directive 2000/36/CE relative aux produits de cacao et de chocolat.
  • Règlement (CE) n° 1924/2006, annexe (mention « sans sucres ajoutés »).
  • Règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires.
  • Codex Alimentarius, code d'usages pour la prévention et la réduction de la contamination des fruits à coque par les aflatoxines (CXC 59-2005).
  • Beckett S. T. (dir.), Industrial Chocolate Manufacture and Use, Wiley-Blackwell.

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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