Macérat de bourgeons (gemmothérapie : eau, alcool, glycérine)

Le macérat de bourgeons est un extrait liquide de bourgeons ou de jeunes pousses fraîches, obtenu par macération dans un mélange de glycérine végétale et d'alcool, puis souvent dilué dans l'eau. Ce procédé, au cœur de la gemmothérapie, permet de travailler des tissus végétaux trop fragiles pour être séchés.

Cette fiche rassemble la cueillette, la macération, la dilution, les contrôles, les préparations voisines, la réglementation et l'histoire des macérats de bourgeons.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèreMacérat de bourgeons
Famille de procédéExtraction solide-liquide par macération dans un mélange de glycérine, d'alcool et d'eau
PrincipeDissoudre les constituants de tissus végétaux jeunes et gorgés d'eau dans un solvant qui les extrait et les conserve
Matières premièresBourgeons, jeunes pousses, radicelles ou chatons frais, récoltés au moment de leur éclosion (aubépine, cassis, ginkgo, myrtille, entre autres)
Étape de la chaîneImmédiatement après la cueillette : extraction, puis dilution éventuelle et mise en flacon
Paramètres clésDate de cueillette, fraîcheur, rapport bourgeons sur solvant, proportions glycérine, alcool et eau, durée de macération, filtration
Ce qui est obtenuUn liquide limpide, légèrement sucré et visqueux, au goût végétal et à l'odeur de sève
Co-produitsMarc de bourgeons pressé
Textes de référencePharmacopée française (méthode des macérats glycérinés), directive 2002/46/CE, décret 2006-352, arrêté du 24 juin 2014, règlement (UE) 231/2012 (spécifications de la glycérine E 422), règlement (UE) 2019/787 (alcool agricole)

Le principe

La gemmothérapie, du latin gemma qui signifie « bourgeon », travaille les tissus végétaux en pleine croissance : bourgeons, jeunes pousses, radicelles. Ces tissus, appelés méristèmes, sont faits de cellules qui se divisent activement. Ils sont très riches en eau et fragiles. Ils se flétrissent vite après la cueillette et supportent mal le séchage. C'est pourquoi on les extrait frais, directement dans un solvant.

Le solvant associe trois liquides. La glycérine végétale est un liquide sirupeux, légèrement sucré, qui se mélange parfaitement à l'eau. Elle dissout les sucres, certains composés phénoliques et donne au macérat sa douceur et sa texture. L'alcool dissout les composés moins solubles dans l'eau, comme les pigments et les résines des écailles de bourgeons, et assure la conservation. L'eau, enfin, vient en bonne partie des bourgeons eux-mêmes, puis de la dilution finale.

La glycérine a un avantage : elle retient l'eau et limite l'activité des micro-organismes à forte concentration. Associée à l'alcool, elle donne une préparation stable sans conservateur ajouté.

Les étapes, du végétal au produit

1. Cueillette au bon moment

La fenêtre de récolte est courte. Selon l'espèce et l'altitude, elle se situe entre la fin de l'hiver et le printemps, quand les bourgeons gonflent et avant qu'ils ne s'ouvrent complètement. Le cueilleur prélève à la main, avec parcimonie, pour ne pas épuiser l'arbre ou l'arbuste. Selon l'espèce et les usages du métier, on prélève le bourgeon lui-même ou la jeune pousse qui en sort.

2. Tri et pesée

Les bourgeons sont triés pour écarter les débris, les écailles sèches et les éléments abîmés. Ils sont pesés frais. Un échantillon est séché pour déterminer la masse sèche, car c'est elle qui sert de base au calcul de la quantité de solvant.

3. Broyage ou écrasement

Selon les pratiques, les bourgeons sont mis entiers, coupés ou légèrement écrasés dans le solvant. Les écraser augmente la surface de contact et accélère l'extraction. L'opération se fait sans attendre, car un bourgeon coupé s'oxyde et brunit en quelques minutes.

4. Macération dans la glycérine et l'alcool

Les bourgeons sont plongés dans un mélange de glycérine et d'alcool. La méthode décrite par la Pharmacopée française pour les macérats glycérinés rapporte la quantité de solvant à la masse sèche des bourgeons. Un rapport de vingt parties de solvant pour une partie de plante sèche est souvent cité. La macération dure en général environ trois semaines, en cuve fermée, à l'abri de la lumière, avec des agitations régulières.

5. Pressage et filtration

Le liquide est soutiré, puis le marc est pressé pour récupérer le solvant qu'il retient. Après un temps de repos, le macérat est filtré. On obtient le « macérat mère », une préparation concentrée.

6. Dilution éventuelle

Dans la méthode classique, le macérat mère est ensuite dilué au dixième dans un mélange d'eau, d'alcool et de glycérine. Le produit porte alors la mention « 1 D » ou « 1 DH », qui signifie « première décimale ». D'autres préparations sont vendues sans dilution, sous le nom de macérat mère ou de macérat concentré. L'étiquette indique laquelle des deux formes on achète.

7. Conditionnement

Le macérat est mis en flacons de verre teinté avec compte-gouttes ou pompe doseuse, étiqueté et identifié par un numéro de lot.

Paramètres et contrôles qualité

ParamètrePourquoi il compteRisque
Date et lieu de cueilletteLe bourgeon change vite de composition en quelques joursBourgeons trop ouverts, zone polluée
Identité botaniqueLes bourgeons de nombreuses espèces se ressemblentConfusion entre espèces voisines
Délai entre cueillette et macérationLes tissus jeunes s'oxydent et fermentent viteBrunissement, odeurs de fermentation
Qualité de la glycérineElle doit être d'origine végétale et conforme aux spécifications de l'additif E 422Impuretés, glycérine d'origine non conforme
Qualité de l'alcoolAlcool éthylique d'origine agricole à au moins 96 % volTeneurs excessives en méthanol ou composés secondaires
Titre alcoolique et teneur en glycérineGarantissent la conservation et la régularitéErreur de dilution, évaporation
ContaminantsPesticides, métaux, micro-organismesCueillette en bord de route ou de champ traité

Le règlement (UE) 231/2012, modifié en 2023, précise que la glycérine alimentaire E 422 doit provenir uniquement d'huiles et de graisses végétales et être purifiée, notamment par distillation. Il fixe aussi des limites pour des impuretés comme l'acroléine ou le 3-MCPD. En bio, la glycérine utilisée comme solvant d'extraits de plantes doit elle-même être biologique et d'origine végétale.

L'atelier applique les bonnes pratiques d'hygiène et une démarche HACCP. Chaque lot est tracé depuis la zone de cueillette, avec la date exacte de récolte.

Ce que le procédé change pour le produit

La glycérine donne au macérat un goût doux et une texture légèrement épaisse, qui adoucissent l'amertume végétale et la chaleur de l'alcool. La couleur va du jaune pâle à l'ambre, parfois plus foncée pour les bourgeons riches en pigments, comme le cassis.

Le macérat dilué est moins concentré et moins alcoolisé que le macérat mère. On en utilise donc davantage de gouttes. Le macérat mère, plus dense, se dose en petite quantité.

Grâce à l'alcool et à la glycérine, le macérat se conserve longtemps, flacon bien fermé et à l'abri de la lumière. Un léger trouble ou un dépôt peut apparaître avec le temps, comme pour tout extrait végétal.

Variantes et procédés voisins

PréparationSolvantMatièreDifférence principale
Macérat mère (concentré)Glycérine et alcoolBourgeons fraisNon dilué, plus concentré
Macérat glycériné 1 DEau, alcool, glycérineBourgeons fraisDilué au dixième
Teinture mèreEau et alcoolPlante entière ou partie adulte, souvent fraîcheSans glycérine, titre alcoolique plus élevé, voir la teinture mère
Extrait glycériné sans alcoolGlycérine et eauPlante fraîche ou sèchePas d'alcool, conservation plus délicate
Extrait secEau ou alcool, puis séchagePlante sèchePoudre, voir l'extrait sec
InfusionEau chaudePlante sècheÀ boire rapidement, voir l'infusion

Les mêmes plantes existent parfois sous plusieurs formes. L'aubépine, le cassis ou le ginkgo se trouvent aussi en feuilles ou fleurs séchées : voir l'aubépine, la feuille de cassis et le ginkgo biloba. Le bourgeon, lui, n'est disponible qu'à un moment précis de l'année, ce qui explique le recours à la macération immédiate.

Étiquette et réglementation

Vendus comme compléments alimentaires, les macérats de bourgeons relèvent de la directive 2002/46/CE et du décret 2006-352. Les plantes employées doivent figurer dans l'arrêté du 24 juin 2014, qui fixe la liste des plantes autorisées et les parties utilisables. L'étiquette porte la dénomination « complément alimentaire », la liste des ingrédients (bourgeons, glycérine, alcool, eau), la portion journalière recommandée, l'avertissement de ne pas la dépasser, la mention de tenir hors de portée des jeunes enfants et celle qu'un complément ne remplace pas une alimentation variée.

Le règlement (UE) 1169/2011 impose d'indiquer le titre alcoométrique volumique au-delà de 1,2 % vol. La glycérine apparaît dans la liste des ingrédients sous son nom ou sous le code E 422 lorsqu'elle joue un rôle d'additif. Les mentions « 1 D », « macérat mère » ou « concentré » informent sur la forme du produit.

En bio, selon le règlement (UE) 2018/848, les bourgeons, l'alcool et la glycérine doivent être biologiques. Les bourgeons issus de cueillette sauvage doivent provenir de zones contrôlées.

Un peu d'histoire

L'idée d'utiliser les bourgeons est ancienne, mais la méthode moderne naît dans les années 1950 et 1960. Le médecin belge Pol Henry étudie alors les tissus embryonnaires des plantes et parle de « phytembryothérapie ». Dans les années 1970, le médecin français Max Tétau reprend et diffuse ces travaux sous le nom de « gemmothérapie », qui s'impose.

La Pharmacopée française de 1965 décrit la préparation des macérats glycérinés, à partir de tissus végétaux frais, avec la dilution au dixième. Cette méthode reste la référence du métier, même si des variantes concentrées se sont développées depuis.

Idées reçues

« Un macérat de bourgeons ne contient pas d'alcool. » La méthode classique associe glycérine et alcool. Il existe des versions sans alcool, mais ce n'est pas la règle. L'étiquette l'indique.

« 1 D signifie une dilution homéopathique très poussée. » Il s'agit d'une seule dilution au dixième. Le macérat reste une préparation où la plante est bien présente.

« On peut cueillir les bourgeons toute l'année. » La période utile ne dure que quelques semaines par an, au moment où le bourgeon gonfle.

Questions fréquentes

Pourquoi utiliser des bourgeons frais ?

Les tissus jeunes sont gorgés d'eau et fragiles. Le séchage les altérerait. On les extrait donc dans les heures qui suivent la cueillette.

Quelle différence entre macérat mère et macérat 1 D ?

Le macérat mère est la préparation concentrée obtenue après macération. Le macérat 1 D est ce même macérat dilué au dixième dans un mélange d'eau, d'alcool et de glycérine.

Pourquoi le macérat a-t-il un goût sucré ?

La glycérine végétale a une saveur douce. Elle adoucit l'amertume des bourgeons et la chaleur de l'alcool.

D'où vient la glycérine végétale ?

Elle est obtenue à partir d'huiles et de graisses végétales, puis purifiée, notamment par distillation, comme l'exigent les spécifications de l'additif E 422.

Comment conserver un macérat de bourgeons ?

Flacon bien fermé, à l'abri de la lumière et de la chaleur. Un léger dépôt peut se former avec le temps.

Toutes les espèces donnent-elles des bourgeons utilisables ?

Non. On utilise selon l'espèce le bourgeon, la jeune pousse, la radicelle ou le chaton. Le choix dépend de la plante et de la tradition du métier.

Pour aller plus loin

Plantes liées : l'aubépine · la feuille de cassis · le ginkgo biloba · la feuille de bouleau. Procédés voisins : la teinture mère · l'extrait sec · le tri et le nettoyage. Service : fabrication de produits liquides à façon.

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Sources

  • Pharmacopée française, 8e édition (1965), préparation des macérats glycérinés.
  • Règlement (UE) 231/2012 établissant les spécifications des additifs alimentaires, modifié par le règlement (UE) 2023/1329 (glycérol E 422).
  • Règlement d'exécution (UE) 2021/1165 autorisant certains produits et substances dans la production biologique, annexe V.
  • Règlement (UE) 2019/787 du 17 avril 2019 relatif aux boissons spiritueuses, article 5.
  • Directive 2002/46/CE, décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 et arrêté du 24 juin 2014 (plantes autorisées dans les compléments alimentaires).
  • Règlement (UE) 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires.

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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