Pasteurisation et stérilisation

La pasteurisation et la stérilisation sont des traitements par la chaleur qui détruisent les micro-organismes d'un aliment. La première vise les germes les plus sensibles et suffit pour les produits acides. La seconde va plus loin et rend un produit stable à température ambiante, quelle que soit son acidité.

Cette fiche explique le principe de ces traitements, leurs étapes pour les jus végétaux, le cas de la vapeur appliquée aux épices et plantes sèches, les contrôles et l'étiquetage.

Les produits Jolivia issus de ce procédé

Fiche d'identité

CritèrePasteurisation et stérilisation
Famille de procédéTraitement thermique de stabilisation
PrincipeDestruction des micro-organismes et inactivation des enzymes par la chaleur, selon un couple temps et température
Matières premièresJus de fruits et de plantes, purées, conserves, épices et plantes sèches (vapeur)
Étape de la chaîneAprès extraction ou pressage, avant ou après le conditionnement
Paramètres clésTempérature, durée de maintien, pH du produit, charge microbienne initiale, étanchéité de l'emballage
Ce qui est obtenuProduits stables, conservés fermés à température ambiante ou au frais selon le traitement
Co-produitsAucun, hormis la vapeur et l'eau de refroidissement
Textes de référenceRèglement (CE) 852/2004 (hygiène), règlement (CE) 2073/2005 (critères microbiologiques), directive 2001/112/CE (jus de fruits), Codex Alimentarius (codes d'usages)

Le principe

Tous les micro-organismes ne résistent pas de la même façon à la chaleur. Les levures, les moisissures et la plupart des bactéries sont détruites en quelques secondes vers 70 à 90 °C. Certaines bactéries forment en revanche des spores, des formes de résistance qui supportent l'ébullition. Pour les détruire, il faut monter au-dessus de 110 °C, sous pression.

La destruction suit une loi assez régulière. À une température donnée, chaque minute supplémentaire élimine une même proportion de germes. Les technologues parlent de « valeur D », le temps qui divise la population par dix. Plus la température est haute, plus ce temps est court. C'est pourquoi on peut remplacer un long chauffage modéré par un chauffage très bref et très chaud, souvent moins dommageable pour le goût.

L'acidité est le point décisif. Dans un produit dont le pH est inférieur à 4,6, les bactéries sporulées dangereuses, dont celle du botulisme, ne peuvent pas se développer. Une pasteurisation suffit alors. C'est le cas de la plupart des jus de fruits. Le jus de grenade est naturellement acide, le jus de noni aussi. Le jus d'aloe vera est moins acide : on l'ajuste souvent avec un acidifiant comme l'acide citrique, ce qui permet un traitement modéré. Pour un produit peu acide, comme la plupart des légumes, il faut une vraie stérilisation, avec un barème validé, souvent autour de 121 °C pendant plusieurs minutes à cœur.

La chaleur inactive aussi les enzymes. Sans ce blocage, elles continueraient à brunir le jus, à le rendre trouble ou à dégrader ses arômes pendant le stockage.

Les étapes, du végétal au produit

Préparation du produit

Le jus est filtré ou tamisé, puis standardisé. On vérifie sa teneur en matière sèche et son pH, et l'on ajuste si nécessaire. Un produit chargé en pulpe chauffe moins vite qu'un liquide limpide. Il faut en tenir compte dans le choix du barème.

Chauffage en échangeur

Pour les liquides, la méthode courante est la pasteurisation « flash ». Le jus passe dans un échangeur à plaques ou à tubes, où il est chauffé très vite, souvent entre 85 et 95 °C. Les jus fragiles peuvent être traités à des températures plus basses, sur des durées un peu plus longues.

Chambrage

Le jus circule ensuite dans un tube de maintien, appelé chambreur, dont la longueur fixe la durée du traitement : de quelques secondes à une minute environ. Un enregistreur note en continu la température. Si elle descend sous la consigne, une vanne renvoie le produit en amont pour qu'il soit retraité.

Remplissage

Deux options existent. Le remplissage à chaud consiste à verser le jus encore brûlant dans des bouteilles, qui sont fermées puis retournées ou maintenues quelques minutes pour assainir le bouchon. Le remplissage aseptique consiste à refroidir le jus puis à le verser dans des emballages stérilisés, dans une zone stérile. La pasteurisation en bouteille fermée, dans un tunnel d'eau chaude, est une troisième voie.

Refroidissement

Le produit est refroidi rapidement pour limiter le goût de cuit. Pour le remplissage à chaud, on utilise des tunnels d'aspersion d'eau tiède puis froide, pour éviter que le verre ne casse.

Stérilisation en autoclave

Les conserves peu acides sont traitées dans un autoclave, une enceinte sous pression. L'eau y bout au-dessus de 100 °C. Le barème, défini par des essais de pénétration de chaleur, garantit que le point le plus froid du produit reçoit assez de chaleur. On le calcule souvent sous forme de « valeur stérilisatrice ».

Passage des épices et plantes sèches à la vapeur

Les épices et les plantes sèches peuvent porter une charge microbienne élevée venue du champ ou du séchage. Pour la réduire, on les expose brièvement à de la vapeur saturée, parfois sous vide pour qu'elle pénètre au cœur des particules. Le traitement dure de quelques secondes à quelques minutes. La plante est ensuite séchée rapidement pour retrouver son humidité d'origine, puis refroidie. Le défi est de réduire les germes sans perdre les huiles essentielles, qui font l'arôme. Pour les plantes les plus aromatiques, les réglages sont doux et les pertes restent sous surveillance.

Paramètres et contrôles qualité

Un traitement thermique est un point critique dans le plan HACCP. Sa température et sa durée sont enregistrées pour chaque lot. Les sondes sont étalonnées régulièrement. Des échantillons sont gardés en étuve pour vérifier qu'aucun gonflement ou trouble n'apparaît.

ContrôleCe qu'on vérifieDéfaut possible
Température et duréeRespect du barèmeSurvie de levures, fermentation en bouteille
pHClassement acide ou peu acideBarème inadapté
ÉtanchéitéSertissage, bouchage, souduresRecontamination après traitement
Test d'incubationStabilité après quelques jours à 30 ou 37 °CBombage, odeur, trouble
Couleur et goûtImpact du chauffageGoût de cuit, brunissement
Charge microbienne des épicesDénombrements avant et après vapeurMoisissures, bactéries sporulées

Certaines moisissures des fruits produisent des spores résistantes à la chaleur, dites thermorésistantes. D'autres bactéries tolèrent l'acidité, comme les Alicyclobacillus, qui donnent aux jus contaminés un goût phénolique, proche de celui d'un désinfectant, et rendent le lot invendable. La prévention passe par l'hygiène de la matière première et du lavage.

Le règlement (CE) 2073/2005 fixe des critères microbiologiques pour certaines denrées. La réduction microbienne des épices ne dispense pas d'un bon contrôle des contaminants chimiques : mycotoxines, résidus de pesticides, métaux, fixés par le règlement (UE) 2023/915 et le règlement (CE) 396/2005.

Ce que le procédé change pour le produit

La chaleur modifie toujours un peu le produit. Un jus pasteurisé perd une partie de ses arômes les plus volatils et peut prendre une note de cuit. Sa couleur peut foncer légèrement. La pasteurisation flash limite ces effets, car le temps passé à haute température est très court.

Le jus de grenade garde sa couleur rouge profonde, due aux anthocyanes, mais celles-ci sont sensibles à la chaleur et à la lumière. Un stockage à l'abri de la lumière aide à préserver la teinte. Le jus de noni a un goût et une odeur puissants, que le traitement ne fait pas disparaître. Les jus d'aloe restent clairs et peu aromatiques, avec une texture qui dépend de la teneur en gel.

Le gain principal est la conservation. Un jus pasteurisé et bien conditionné se garde des mois, fermé, à température ambiante. Après ouverture, il redevient fragile et doit être gardé au frais.

Pour les épices, la vapeur peut ternir légèrement la couleur et diminuer un peu l'arôme. Un traitement bien réglé reste peu perceptible à l'usage.

Variantes et procédés voisins

La chaleur n'est pas le seul moyen de stabiliser un aliment. La haute pression, la filtration stérilisante, l'acidification, le séchage ou la congélation sont d'autres options. Chacune a son domaine.

ProcédéPrincipeTempératureUsage typique
Pasteurisation flashChauffage bref en échangeur85 à 95 °C, quelques secondesJus de fruits, jus de plantes
Pasteurisation en bouteilleTunnel d'eau chaudeAutour de 70 à 85 °C, plusieurs minutesJus, boissons en verre
Stérilisation en autoclaveChaleur humide sous pressionEnviron 115 à 125 °CConserves peu acides
Traitement UHTChauffage très bref et très chaud135 à 150 °C, quelques secondesLaits, boissons végétales
Vapeur sur épicesVapeur saturée puis séchageVers 100 °C ou plus, brièvementÉpices, plantes sèches
Haute pressionPression hydrostatique à froidTempérature ambiante ou froideJus premium à conserver au frais
IrradiationRayonnements ionisantsSans chauffageCertaines épices, interdite en bio

Le pressage qui précède ces traitements est décrit dans la fiche pressage des fruits et jus concentrés. Pour l'aloe, voyez la fiche extraction du gel d'aloe vera. Le séchage, autre moyen de conserver, est présenté dans les fiches séchage des plantes et lyophilisation.

Étiquette et réglementation

La directive 2001/112/CE, modifiée par la directive 2012/12/UE, définit les jus de fruits. Un jus « à base de concentré » doit le dire sur l'étiquette. L'ajout de sucres est interdit dans les jus de fruits. La pasteurisation elle-même n'a pas à être mentionnée, mais beaucoup de fabricants l'indiquent. Le mot « frais » est réservé, dans l'usage, aux produits non traités ou à très courte durée de vie.

Le jus de noni est un nouvel aliment au sens du règlement (UE) 2015/2283. Il figure sur la liste de l'Union établie par le règlement d'exécution (UE) 2017/2470, avec ses conditions d'utilisation. Les jus d'aloe relèvent des règles sur les compléments alimentaires ou les denrées courantes selon leur présentation. Leur teneur en dérivés hydroxyanthracéniques est strictement limitée par le règlement (UE) 2021/468.

L'étiquette indique aussi les conditions de conservation après ouverture et le délai de consommation. C'est une conséquence directe du traitement : une fois l'emballage ouvert, la stabilité n'est plus garantie.

Pour les épices, la directive 1999/2/CE encadre l'irradiation. Un produit irradié doit porter la mention « traité par ionisation » ou « traité par rayonnements ionisants ». Cette technique est interdite en agriculture biologique par le règlement (UE) 2018/848. L'oxyde d'éthylène, un gaz autrefois utilisé ailleurs dans le monde, est interdit pour cet usage dans l'Union européenne. Le traitement à la vapeur, lui, ne nécessite aucune mention particulière et reste compatible avec le bio.

Un peu d'histoire

En 1810, Nicolas Appert publie « L'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales ». Il chauffe des aliments en bocaux fermés, sans savoir pourquoi la méthode fonctionne. La conserve est née.

Dans les années 1860, Louis Pasteur étudie les altérations du vin et de la bière. Il montre qu'elles sont causées par des micro-organismes et qu'un chauffage modéré, vers 55 à 60 °C, les évite. Il dépose un brevet en 1865. Le mot « pasteurisation » s'impose ensuite dans toutes les langues.

Dans les années 1870, un dentiste américain applique le procédé au jus de raisin pour obtenir une boisson non fermentée. À la fin du XIXe siècle, la pasteurisation du lait se répand. Au XXe siècle, les échangeurs à plaques, l'autoclave industriel et le conditionnement aseptique transforment l'industrie. La stérilisation des épices à la vapeur se développe surtout à partir des années 1990, quand l'Europe restreint les traitements chimiques.

Idées reçues

« Un jus pasteurisé est un jus mort » La pasteurisation détruit les micro-organismes, c'est son but. Elle modifie peu la composition du jus quand elle est brève. Le goût reste proche du jus pressé, avec parfois une légère note de cuit.

« Pasteuriser et stériliser, c'est pareil » Non. La pasteurisation vise les germes sensibles et suffit pour les produits acides. La stérilisation détruit aussi les spores résistantes et demande des températures plus élevées, sous pression.

« Les épices traitées à la vapeur ont perdu leur goût » Un traitement bien réglé préserve l'essentiel des arômes. Les pertes existent mais restent limitées. Elles sont surveillées par la mesure des huiles essentielles.

Questions fréquentes

Pourquoi faut-il garder un jus au frais après ouverture ?

Le traitement assure la stabilité tant que l'emballage est fermé. À l'ouverture, l'air apporte de nouveaux micro-organismes, que le froid ralentit.

Le jus de grenade concentré est-il pasteurisé ?

Un jus concentré subit une longue évaporation, qui a un effet comparable à un traitement thermique. Il est souvent aussi pasteurisé lors du conditionnement. L'étiquette précise les conditions de conservation.

Pourquoi ajoute-t-on de l'acide citrique à certains jus d'aloe ?

L'aloe est peu acide. Abaisser le pH permet un traitement thermique modéré tout en garantissant la stabilité du produit.

La vapeur mouille-t-elle les plantes sèches ?

Oui, brièvement. C'est pourquoi le traitement est suivi d'un séchage rapide qui ramène l'humidité au niveau d'origine.

Un produit bio peut-il être stérilisé ?

Oui, par la chaleur. Seule l'irradiation est interdite en bio.

Qu'est-ce qu'un bombage ?

C'est le gonflement d'une boîte ou d'un couvercle dû à des gaz produits par des micro-organismes. Un emballage bombé ne doit jamais être consommé.

Pasteuriser à la maison, c'est possible ?

Oui, au bain-marie pour des produits acides, en respectant des temps éprouvés. Pour les produits peu acides, il faut un autoclave ou un stérilisateur adapté.

Pour aller plus loin

Pour les plantes sèches traitées à la vapeur, consultez par exemple les fiches moringa, menthe poivrée et hibiscus. Les procédés voisins sont décrits dans les fiches tri, nettoyage et lavage, coupe et concassage et évaporation de la sève.

Tous les procédés de transformation des plantes · Tous nos ingrédients, par famille

Autres procédés de transformation

Tri, nettoyage et lavage Décorticage Fermentation du cacao Préparation de la vanille Préparation du café vert Thé vert Thé noir Thé blanc Matcha Rooibos Aromatisation du thé Séchage des plantes Séchage des fruits Atomisation Lyophilisation Coupe et concassage Broyage et micronisation Cryobroyage Mouture des farines Torréfaction Cuisson des confitures et caramels Évaporation de la sève Pression à froid des huiles Pressage et jus concentrés Gel d'aloe vera Pressage du cacao Beurre de karité Infusion et décoction Teinture mère Macérat de bourgeons Macération des fruits dans l'alcool Extrait sec Extrait titré Extraction au CO2 supercritique Distillation à la vapeur Expression des zestes Vinaigre Levure de bière Levure de riz rouge Spiruline Chlorella Champignons Moutarde Xylitol Érythritol Maltodextrine Lécithine de tournesol Charbon végétal activé Mise en gélules Comprimés Capsules molles Liposomes Chocolat Pâtes à tartiner Pâtes artisanales Savon surgras

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Sources

  • Règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires
  • Règlement (CE) n° 2073/2005 concernant les critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires
  • Directive 2001/112/CE relative aux jus de fruits, modifiée par la directive 2012/12/UE
  • Règlement d'exécution (UE) 2017/2470 établissant la liste de l'Union des nouveaux aliments
  • Directive 1999/2/CE relative aux denrées et ingrédients alimentaires traités par ionisation
  • Codex Alimentarius, code d'usages en matière d'hygiène pour les aliments peu acides et acidifiés en conserve (CXC 23-1979)
  • European Spice Association, document sur les exigences de qualité minimales pour les épices et herbes aromatiques
  • Louis Pasteur, Études sur le vin, 1866

Fiche rédigée par Jolivia à partir de la documentation technique et réglementaire citée, mise à jour en septembre 2026. Elle décrit le procédé tel qu'il est pratiqué en général, pas la fabrication d'un produit en particulier. L'étiquette du produit fait foi pour la composition, le conseil d'utilisation et les précautions d'emploi. Ces informations ne constituent pas un conseil médical.


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